24 mai 2009
Toi, ma beauté brillante, tu serais la femme de ma vie si tu n'étais pas au bord de l'internement. Comme t'es complètement folle à lier, on oublie tout projet de vie... Puis toi le PDG, tue-la ta castratrice de mère au lieu de pleurnicher sur le divan vert année après année ! N'en as-tu pas marre de radoter ?! Apprends à faire l'amour à ta femme et tu verras, mon gars, ça ira mieux au lit ! Et toi la bimbo, tes ongles mal limés et tes échecs conjugaux à cause de la touffeur familiale, je m'en contrefous. Mais alors, tu n'imagine même pas ! Quelle décervelée celle-la, c'est à peine croyable ! Quant à toi l'artiste, quitte-le une fois pour toutes ton don Juan, bordel ! Tu ne vois pas que t'es le cocu du millénaire ?! HA HA HA Toi, l'assisté, juste suicide-toi et rends service à la société ! HA HA HA HA HA HA Oui mon coeur ?! Je suis dans les toilettes ! Donne-moi une seconde, j'arrive. Houlà. © A.Z.D.
22 mars 2009
L'animal
Nicholas Di Genova m'a bluffé avant que je n'aie pensé. Le jeune artiste canadien nous livre sa vision du repeuplement par des bêtes hybrides imaginaires. Á moins que l'ingénierie génétique ne nous surprenne par jour ennuagé. Je suis hébété face à ses illustrations. Nous sommes un cluster de tant de choses... © A.Z.D.
14 mars 2009
La virago
Je suis comme qui dirait laid : le chargé de mission de la disgrâce. Pas de comédie ni de fausse modestie. Sérieusement, je suis un véritable champion de ce monde bien moulé, catégorie hideur. Mes traits soulèvent le cœur si bien que les gens me brûlent la politesse ou me jettent l'opprobre ; cela s'entend parfaitement, moi-même parvenant à m'écœurer physiquement. Bien que ma tête ne soit pas trop mal faite, elle est petiote. Delà surgissent deux grandes oreilles décollées qui cachent le décor à mes quelques interlocuteurs. Cette difformité m'avait autrefois condamné à m'asseoir au dernier rang pour permettre aux camarades de suivre le professeur. Pensez-vous que les élèves suivaient davantage ? On m'appelle aussi la tragédie du nez, car je n'ai strictement rien à envier à mon ancêtre Savinien Cyrano de Bergerac. L'acné, pour sa part, brûle pour moi. Si mes boutons viraient photogènes, mon visage projetterait l'image de la Voie lactée, comme en témoigne la surabondance de la matière blanche qui éclate au passage de la lame. Puis comment perdre de vue mon ventre proéminent ? Relié à mes jambes de chapon, je ressemble à un P lorsqu'on me scrute de profil. J'ai toujours rêvé d'avoir une forte pilosité – étant de ceux qui font état de la virilité au nombre de tiges pilaires prononcées – mais les mathématiques n'ont résolu chez moi qu'une surface de Lamé, sans aspérités. Il suffit que je balance un sourire pour que mes dents avariées crispent mon prochain, sans mentionner mon haleine pestilentielle qui me contraint au silence. Cette mistoufle m'empêche de faire progresser l'inhumanité. Je n'ai rien à dire sur ma santé sexuelle laquelle demeure une notion théorique à l'instar des équations à distance de la réalité, ni rien à relater sur mon membre viril lequel pourrait tenir la vedette dans Le Peuple de l'Herbe. Tant mon père s'était investi d'espoir en mon existence qu'il est devenu inerte quand les sages-femmes nous ont présentés. Ma mère n'a jamais retenté la gésine pour le réconcilier avec son génome mis à rude épreuve. Me voilà partant de l'amicale des farfadets. Musique, s'il vous plaît ! © A.Z.D.
9 mars 2009
Le souvenir
Je me souviens. Je me souviens. Le lacis de ruelles qui odoraient la lessive fraîche, le vil manège de la vieille place du marché. Je me souviens de la fournière ventrue que les copains épiaient comme une bête de concours. Je me souviens de la grande famille au déjeuner ; ma solitude y prenait de sacrés coups de martinet ; je me souviens aussi des escapades sous la table avec ma cousine germaine. Je me souviens du colporteur à la sincérité pinocchiesque, de l'accordéoniste à qui on avait permuté yeux et oreilles. Cette petite musique, mes sens s'en rappellent alors que ma mémoire faiblit. © A.Z.D.
7 mars 2009
Le décalage
Je viens d'engager un détective privé. Un ancien de la DGSE. De certitude, je ne fais rien dans l'amateurisme. Non pour espionner le monde qui avance ni pour scruter les menaces terroristes qui pèseraient sur mon personnage public, mais pour désosser mon éventuelle rupture avec la factualité, lorsque mon projecteur interne se met à cogner la réalité. Pour ce faire, j'ai muni le limier de l'appareil à détecter le décalage entre perception et réalité, une machine que j'ai récemment mise au point. Ses derniers essais sont concluants, mais le détecteur se mutine contre les décharges soudaines et violentes ; violentes comme la réalité qu'on voudrait fuir à pas de géant. © A.Z.D.
18 août 2008
La colline
Chaque jour je descends du train abord l'autre bout du monde. Je grimpe la colline boisée pour percer le ciel. La colline est haute. Je ne défie que le moi. La route est serpentine, montueuse. L'ascension est terrassante ; nulle marche n'a son pareil. La connaissance s'acquiert par pertinacité : mon écume diurne parle pour moi. © A.Z.D.
29 juin 2008
Le relooking
Je suis tombé sur une émission de télévision qui se proposait de métamorphoser l'image de deux femmes dites mal dans leur peau. Entourées de docteurs ès sciences du paraître, elles apprenaient les codes pour devenir quelqu'un : ma chérie, tu ne dois jamais porter ça ; soit comme ça ; fais pas ci, fais pas ça, etc. Elles étaient en manque d'amour, nos deux héroïnes ; nulle n'était venue participer à l'émission pour se marrer un bon coup. Du genre : certes madame, vous savez comment attiser un homme, et c'est un tue-le-temps prodigieux, mais l'univers implosera-t-il selon vous ? La banale particularité des victimes était qu'elles ne s'emballaient pas dans du papier cadeau. La pression du boulevard les a bannies du monde des visibles. Peu à l'aise dans leur anonymat, elles se jugeaient transparentes. Ah, le culte contemporain de la notoriété publique... Qu'importe l'objet de l'émission, chacun y trouvait son compte. Ce qui m'a en revanche frappé était les témoignages des passants qui balançaient un avis furtif sur les vilaines. Aucun ne donnait un avis neutre ou positif sur les futures princesses ; elles étaient forcément laides, négligées et asthéniques : et on n'aime pas ces gens-là près de chez nous ! J'aurais appétit à interpréter la chose de la manière suivante. Vous qui vous montriez si sûrs de vous face à la caméra, n'aurait-ce pas été une manière inconsciente de vous parler par effet miroir : Dieu merci, je parviens à dissimuler mon intérieur, moi au moins ! Nos cobayes du divertissement étaient sans fla-fla – une démarche saine d'esprit pour se retrouver –, si bien que le jour où les dames seront mentalement armées pour jouer la comédie du monde réel, leur photographie et leur mise en scène seront oscarisables, reposant solidement sur des colonnes doriques. N'est-il pas, Julien Doré ? © A.Z.D.
22 juin 2008
No comment [l'obsession]
"Toutes choses égales par ailleurs, c'est ainsi que, devant le bâton de Moïse, s'ouvrit la mer rouge. Merci de votre attention. Sigmund, t'es vraiment un obsédé ! Tu sors !" Premiers pas, © A.Z.D.
10 mai 2008
No comment [le dodo]
"Représentez-vous un corps massif et presque cubique, à peine soutenu par deux piliers très gros et très courts. Les premiers Hollandais qui le virent dans l'île Maurice, aujourd'hui l'Ile-de-France, l'appelèrent walg-vogel, oiseau de dégoût (...) La grosseur qui, dans les animaux, suppose la force, ne produit ici que la pesanteur. L'autruche, le touyou, le casoar, ne sont pas plus en état de voler que le dronte ; mais du moins ils sont très vites à la course, au lieu que le dronte paroît accablé par son propre poids, et avoir à peine la force de se traîner : c'est dans les oiseaux ce que le paresseux est dans les quadrupèdes ; on diroit qu'il est composé d'une matière brute, inactive, où les molécules vivantes ont été trop épargnées. Il a des ailes, mais ses ailes sont trop courtes et trop foibles pour l'élancer dans les airs ; il a une queue, mais cette queue est disproportionnée et hors de sa place : on le prendroit pour une tortue qui se seroit affublée de la dépouille d'un oiseau ; et la nature, en lui accordant ces ornements inutiles, semble avoir voulu ajouter l'embarras à la pesanteur, la gaucherie des mouvements à l'inertie de la masse, et rendre sa lourde épaisseur encore plus choquante, en faisant souvenir qu'il est un oiseau." Histoire naturelle des oiseaux, Georges-Louis Leclerc de Buffon.
28 avr. 2008
Le trader
Mademoiselle, Madame, Monsieur, suite à la libération du poste de trader dans votre établissement, je me permets de vous soumettre ma candidature. Même si nous ne changerons pas le monde, ensemble nous pourrons faire une fabuleuse promenade, et la meilleure manière de vous le prouver est encore de m'essayer sur le vif. Je n'irai pas par quatre chemins : j'ai la tête de l'emploi ! D'abord, je suis sans-famille ce qui m'assure une grande disponibilité. Ensuite, les chiffres me fascinent depuis l'école maternelle. En effet, j'ai précocement pris le soin de calculer le nombre de bonbons à offrir à la plus jolie fille de la classe pour qu'elle tombe amoureuse. Dans l'intention d'éradiquer l'anarchie qui régnait dans ma tête, je me suis persécuté jusqu'à devenir discipliné telle une guerre propre et sans déserteurs. Par dessus le marché, je n'aurai aucune peine à fidéliser vos clients, attendu ma dégaine V.I.P. et ma logorrhée dans les boîtes de nuit. Je ne prends de risques que s'ils font accroître les résultats, or je tiens à mes commissions, donc je suis rationnel. De la logique ; Emmanuel Kant et moi considérons la turgescence comme une chose en soi. Il ne me reste plus qu'à vous faire part d'un vice, car j'en ai un, hélas ! Je ne consomme pas de cocaïne, en vertu de l'incompatibilité totale entre mon nez et le pollen ambulant. Pour seoir à la culture d'entreprise et respecter le rythme cardiaque exigé par la profession, je me suis dès lors entraîné à ingurgiter des doses de caféine à tuer un cheval. J'espère que ce détail – indépendant de mon dévouement à mon futur employeur – n'ébréchera pas l'intérêt que vous porterez à ma candidature. Bien cordialement, votre homme. © A.Z.D.
27 avr. 2008
Le bain
Tandis qu'au bord le bruit des vagues paresseuses défiait le son de la brise embaumante, j'aspectai si des formes insoupçonnées n'étaient pas gravées dans le sable. Aucune chose à l'exception des coquillages échoués et des éclats de verre des bouteilles larguées par les pollueurs mondains. Je me dévêtis, me gardant de faire des plis sur mes habits neufs ; ma pudeur quitta le navire. Le bain noir mitraillé par la Lune s'offrait en spectacle. Et Hadès s'empara du royaume de son frère, époux de la terre. Je n'étais personne pourtant j'étais tout. Le chef d'orchestre. Je me serais laissé engloutir sans lutter tant cette fresque me magnétisait. Je ne justifiais plus ma place d'ici. L'homme au teint mat que j'aurai suivi à contre-pied de la terre ferme était en retard. © A.Z.D.
Le procès
En 1925, l'un des grands procès de l'histoire moderne se déroula aux EU, à Dayton, en Tennessee : le Procès du Singe. Il opposa les intégristes chrétiens, représentés par le procureur William Jennings Bryan, aux libéraux, défendus par les avocats Clarence Darrow et Dudley Field Malone. Bien que le jugement eût condamné John Thomas Scopes, un professeur de l'école publique, à verser une amende de cent dollars, le procès eut un retentissement colossal face à l'obscurantisme religieux. Le professeur fut sanctionné pour avoir enseigné la théorie de l'évolution – qui soutient l'idée d'un ancêtre commun aux singes et à l'homme – en dépit du Butler Act. Cette loi de l'État du Tennessee interdisait aux enseignants publics de nier le créationnisme. La légende de ce procès tient à l'audacieuse ligne de défense décidée par les avocats. Puisque le juge refusait d'avoir égard aux preuves scientifiques, ils attaquèrent la Bible. Ainsi une question du type les poissons ont-ils été noyés lors du Déluge ? n'obtint pas de verdict. La défense put faire admettre que la Création avait duré plus de six jours, ce qui revenait à remettre en cause la vérité absolue du Livre Sacré. Je pense à une jolie sentence du romancier Martin Page pour illustrer l'absurdité d'un tel procès : "Pour qu'Oscar Wilde naisse les dinosaures ont dû disparaître." © A.Z.D.
26 avr. 2008
La colombe
Si de la petite bourgade de Bellig il ne fallait retenir qu'un événement marquant, les historiens invoqueraient les bâtisseurs, les locataires de renom, les lieux ou les fêtes devenues mythiques sous la plume des notables. Mais si on interrogeait celui qu'on n'entend jamais – le légendaire va-nu-pieds à qui les habitants jettent une pièce ou deux à la sortie de la messe –, il conterait une histoire couverte par nulle autre voix publique. A l'occasion de la journée de la paix, la population se précipite vers la place du marché, unique quartier capable de la contenir. Le maire lâche son habituel discours sur l'importance de la non-violence, suivi par son sous-ordre qui, sous des tonnerres d'applaudissements, libère une colombe platinée. Comme l'oiseau refuse de porter des choses qui ne lui servent pas à se nourrir, on attache de force une branche d'olivier à son bec. Jamais il n'en est blâmé, pour ce n'est qu'une bête primitive. M. le Maire, en penseur obstiné à marquer tous les esprits de cette vertu qui est la sienne, rappelle la coexistence du pigeon et de l'homme depuis l'ère préhistorique ; avec sa domestication à des finalités militaires, envers le maintien de la paix. Le lâcher de la colombe et les acclamations de la foule laissent alors place à la danse folklorique des corps jusqu'au borgnon, doublée de la vidange des tonnelets de bière : une tradition que tous tiennent à sauver. Pourtant, si quelqu'un demandait au S.D.F. son sentiment sur le vingt-et-un septembre recommencé, il confierait avec tiédeur : mes généreux Belligérants, y'a longtemps que par terre s'étale ensanglantée votre volaille blanche. D'autant que la comédie qui s'offre à lui se résume à des pérégrinations de citadins au cœur soulevé ; la plupart sont dégoûtés d'assister à un spectacle fort peu appétissant juste avant de cuisiner du pigeon aux olives. © A.Z.D.
23 avr. 2008
La sieste
Le chant des sirènes s'est incarné en sieste ensorcelante. Le gouvernail de la méthode virevolte caduc à leur écoute. Guère d'autre choix que se laisser emporter là d'où on ne sort pas indemne. © A.Z.D.
22 avr. 2008
Le SMS
Sophie à la moustache décolorée, j'aurais aimé que les choses tournent autrement : de l'envers à l'endroit, de haut en bas. Autrement qu'en messager souvenez-vous de moi. De vous prenez soin. © A.Z.D.
15 avr. 2008
Le ménage
Pourquoi épandre des miettes de la baguette que tu as gentiment ramenée sur la trotte du retour ? Pourquoi arracher le croûton juste au-dessus de ton pantalon ? Pourquoi disséminer son contingent de pellicules quand nous goûtions du canard confit ; alors que nous réprimions la cherté de la vie. Il s'agit autant d'éponger la table de cuisine que de balayer le sol de l'office. Quantième d'instants condamnés à poutser, bien loin de nous chatouiller le creux des pieds ? Pourquoi, mon choisi, canarder le château en Espagne ? Fi ! © A.Z.D.
10 avr. 2008
No comment [le retour]
"Chéri, n'oublie pas d'acheter du pain sur le chemin du retour. Merci." Premiers pas, © A.Z.D.
9 avr. 2008
Le traducteur
Mon nom est Balthazar Faté. Ce carré d'écran est mon autobiographie entassée. J'ai bénéficié de trois atouts dans la vie : celui de savoir lire et écrire ; celui de naître en Bomany de l'Est ; celui de maîtriser les langues de l'ouest. Quand je n'œuvrais pas pour la négociation entre États, je consacrais mon précieux temps à la traduction des auteurs est-bomaniens pour l'étranger. Et réciproquement. Je reconnais avoir pris des libertés par-ci par-là. N'est-ce pas ainsi que naissent les révolutions culturelles ? Si une œuvre ne me plaisait guère, je la modifiais, quelque peu ; pour l'unique denier de l'auteur, laissez-moi le redire. Comment rester coi devant le septième commandement du Livre sacré, tandis que je traversais en avion l'Océan Atlantique pour me rendre chez du monde ? Et cet Étranger d'Albert Camus, n'aurait-il pas fini par comprendre que l'étranger authentique, c'était le martien d'outre-espace ? Vous déclamez l'abus de pouvoir. Je vous soutiens le sacrilège, des compositions corrigibles et imprimées à la va-vite. Mon procès à la Cour Pénale Internationale de la Haye est en plein chantier d'instruction. Or j'augure d'expérience du jugement qui sera prononcé. Si bien que je ne le contesterai pas. A l'usure je concéderai : si ça vous chante, fustigez-moi, ruinez-moi, mais n'oubliez pas le succès des écrivains traduits en bomanien, ou celui de mes frères et sœurs hors de nos murs, dû à ma plume d'interprète. © A.Z.D.
8 avr. 2008
L'anecdote
Une anecdote aussi futile que fondamentale. Je me souviens d'une adorable copine de ma sœur – nous étions tous des pubères à tout casser – criailler lors d'une sortie des classes : j'adore Metallica ! Par le fait qu'à la sortie de Black, Metallica passait sur toutes les radios, même les plus piteuses. L'écoute de cet album n'étant alors réservée qu'à la seule élite des rebelles acnéiques, l'un des pionniers des Veuves Noires, soit une confrérie d'adolescents en quête d'identité dont j'ai fait orgueilleusement partie un temps, lui a renvoyé sec : tu te fous de nous ?! T'es plutôt du genre à rentrer chez toi et à écouter en boucle New Kids on the Block ! C'est-à-dire le premier-né des boys' band contemporains. Chaque fois que cette anecdote s'empare de mes pensées, je me fends la pomme. Sacrées Veuves Noires ! Qu'êtes-vous devenues ? © A.Z.D.
La règle de trois
La règle de trois sera désormais enseignée à l'école primaire. Elle est élémentaire. Pour ce faire, il suffit de philosopher sur la Guerre de Troie. J'oublie de particulariser : il faut apprendre aux élèves la mythologie grecque au préalable.
______________________Hélène______ Les Grecs
__________________ __ __Les Troyens_____ _ ___?
Les Troyens gardent Hélène aux cimes de leur cité, après l'avoir enlevée à Sparte. Les Grecs veulent se venger à l'aide d'un cheval colossal, prétendu destiné en offrande à Aphrodite, dans lequel sont cachés leurs soldats ; ils aperçoivent Hélène du haut de sa tête. Rappelons qu'ils sont tous grecs au départ, et s'ils sont solidaires, ils peuvent être encore plus forts : (les Grecs × les Troyens). C'est la belle Hélène qui a divisé ce peuple : (les Grecs × les Troyens) ÷ Hélène = la case qui manquait. Ainsi vous voilà maître dans l'art de la règle de trois. © A.Z.D.
______________________Hélène______ Les Grecs
__________________ __ __Les Troyens_____ _ ___?
Les Troyens gardent Hélène aux cimes de leur cité, après l'avoir enlevée à Sparte. Les Grecs veulent se venger à l'aide d'un cheval colossal, prétendu destiné en offrande à Aphrodite, dans lequel sont cachés leurs soldats ; ils aperçoivent Hélène du haut de sa tête. Rappelons qu'ils sont tous grecs au départ, et s'ils sont solidaires, ils peuvent être encore plus forts : (les Grecs × les Troyens). C'est la belle Hélène qui a divisé ce peuple : (les Grecs × les Troyens) ÷ Hélène = la case qui manquait. Ainsi vous voilà maître dans l'art de la règle de trois. © A.Z.D.
Le décompte
Étant donné qu'en moyenne, un mineur a un rythme cardiaque de 100 battements par minute, et qu'un monsieur d'âge adulte éprouve 68 battements par minute, et sachant qu'un Français a une espérance de vie de 77,6 ans, je sais que, compte tenu d'années déjà consommées, il me reste statistiquement 1 772 743 680 battements de cœur avant de mourir. Ah, je n'en suis plus qu'à 1 772 743 340 battements là. Oupla, il me faudrait me dépêcher ! Mais… Me dépêcher à quoi, au fait ? En digne prince, respire et marche... Sans pourchasser son onction, défier la mort en ami, voilà notre défi. © A.Z.D.
7 avr. 2008
L'hexagone
Si, par le plus grand des hasards, je me permettais de vous dire : Alfortville, Amiens, Angers, Angoulême, Annecy, Antony, Aubagne, Aubervilliers, Bagnolet, Beauvais, Besançon, Bezons, Blagnac, Bois-Colombes, Bordeaux, Bourges, Bras, Brest, Caen, Caille, Carquefou, Carvin, Castres, Cavaillon, Champs-sur-Marne, Château-Thierry, Chatou, Chaumont, Chaux, Clamart, Clermont-Ferrand, Clichy, Colmar, Colombes, Compiègne, Courbevoie, Crosne, Deuil-la-Barre, Dijon, Ecully, Ermont, Epernay, Etang-la-Ville, Fontenay-aux-Roses, Fontenay-sous-Bois, Garches, Gardanne, Gaas, Genlis, Gennevilliers, Gentilly, Guer, Igny, Issy-les-Moulineaux, Ivry-sur-Seine, Kremlin-Bicêtre, La Tronche, Le Mans, Lens, Le Pecq, Le Plessis Robinson, Le Raincy, Levallois-Perret, Le Vaudreuil, Le Vésinet, Libourne, Limoges, Lingolsheim, Lognes, Lons, Lorient, Lormont, Louveciennes, Lusignan, Lyon, Maisons-Alfort, Marseille, Massy, Maxeville, Metz, Montauban, Montélimar, Montrouge, Nancy, Nanterre, Nantes, Narbonne, Neuilly-sur-Seine, Nice, Nîmes, Niort, Noisy-le-Sec, Paris, Periqueux, Perpignan, Portet-sur-Garonne, Provins, Ramonville-Sainte-Agne, Reze, Rodez, Romans-sur-Isère, Rouen, Saint-Cloud, Saint-Herblain, Saint-Mandé, Saint-Ouen, Saulny, Sausheim, Seclin, Sélestat, Strasbourg, Sus, Talence, Taverny, Toulouse, Vabres, Vaires-sur-Marne, Vanves, Vélizy-Villacoublay, Vénissieux, Vert, Villejuif, Villeurbanne, Villiers Saint-Denis, Vitrolles, Voiron, etc. vous me diriez soit : Jean-Pierre Pernaut et son pernicieux treize-heures, soit : moi ! moi ! moi ! Souriez, Internet sait où vous êtes. Toutefois, il ne sait pas ce que vous avez fait l'été dernier. © A.Z.D.
Le Vulcain
Si lors d'un simple posage de cathéter, les médecins s'aperçoivent que votre sang est vert sombre, comme une pelure d'avocat, contrairement à eux : n'ayez pas de crainte ! Soyez les bienvenus chez les Vulcains ! Il est temps d'en apprendre sur vos racines avec Star Trek. Enfin vous comprendrez le conflit mental entre logique et émotions dans lequel vous êtes depuis votre venue au monde. © A.Z.D.
6 avr. 2008
La norme
Il était une fois le moi jeune et con. Oui-da ! Les deux sont de grands complices. Une politique à laquelle je m'abaissais avec allégresse. En ce temps-là, je me divertissais en dévorant des yeux les plafonds des RER. Quel contestataire ! Ma mère eusse été fière. Une fois m'être assuré qu'il n'y avait pas de personne âgée ou de femme exquise à l'utérus débordant à la chasse d'un siège, je m'asseyais sans faire d'histoires. Puis, je dressais ma tête vers le plafond et j'écarquillais grand les yeux. Ci-dessus, en dévalant mon regard strident, je me confondais derechef avec le peuple conquérant. Chez les spécimens à l'opposite plantés, je détectai trois agissements : cinquante pour cent ne voyaient rien, occupés à vaquer à leurs occupations ; dix pour cent fixaient le plafond par mimétisme ; pour finir, quarante pour cent me toisaient, alarmés devant un casuel hérétique ou bien un forcené à la chienlit. Bref, j'avais mis en péril une norme sociale de conduite dans les transports publics – sans la moindre menace ni violence, et dans l'insonorité –. A l'ère d'avant mai soixante-huit, fussé-je traqué ? © A.Z.D.
5 avr. 2008
Le sans-souci
Suite aux reproches de mes proches sur ma manie de privilégier ce qui irrite la tête, et non ce qui la décrispe, quoique je ressens tout le contraire, j'ai décidé de me prêter à un exercice de narration épidermique et descriptive, dans le seul projet de leur révéler que pour moi ils comptent trop. J'y vais. La première chose que j'ai regardée au réveil était ma montre. Elle indiquait 06:47. Étant insomniaque, j'ai dormi quatre heures et demie. L'avant-jour rendait l'extérieur sombre et paisible. Je ne me rappelle pas avoir rêvé. Je me suis levé, j'ai enfilé des chaussettes beige, un pantalon à pinces gris, une chemise bleue, et un vieux pull-over crème pour ne pas attraper froid. J'ai posé mes lunettes demi-lune sur le nez, et je suis parti uriner dans les toilettes. En tant que garçon, j'ai pris l'habitude d'uriner debout, même s'il m'est arrivé aussi de m'y prendre assis, à l'égal des filles. Après m'être soulagé et avoir tiré la chasse d'eau, ce qui a fait du boucan, je suis allé dans la salle de bain me frotter les mains au savon. J'ai d'abord touché l'interrupteur de l'éclairage avec un doigt cracra, mais personne ne m'a pris en flagrant délit, adonc je suis tranquille. J'ai tiré profit de ma présence devant le miroir pour jeter un coup d'œil sur mon faciès au réveil. Vers la cuisine, j'ai navigué au radar, car c'est l'unique endroit de l'appartement où je peux me fabriquer du café au lait. J'ai préféré ne pas écouter France Culture de bon matin pour ne pas courir le risque de réfléchir. Dans la cuisine, j'ai allumé une lampe, à économie d'énergie grand public, en raison de la luminosité embrumée qui régnait dedans. J'ai pu mettre de l'eau froide à chauffer ; dans un bol, j'ai versé une cuillère à café de café pour pleinement apprécier la saveur des purs arabicas lyophilisés ; dans ce même bol, j'ai lâché un petit cube de sucre : qui s'est vite précipité au fond, au sommet du fatras de grains multiformes de café ; j'ai attendu que l'eau frémisse pour diluer le café déposé dans le bol ci-devant, avant d'y rajouter du lait demi-écrémé ; le lait était bien froid, du fait de la nuit passée au frigidaire ; tout ce processus l'a finalement rendu tiède, mon café au lait. Je me suis préparé deux tartines beurre et confiture à la pêche. Des miettes ont trébuché sur la table et sur le sol, alors que j'étais assis en train de petit-déjeuner, ce qui m'a fait dire en moi qu'il avait fallu des miettes par terre pour penser à l'aspirateur : autrement, je n'y songeais pas. J'ai marché vers le salon où sis l'ordinateur portable que j'ai acheté à Singapour, puisque là-bas il coûtait moins cher. J'ai épluché en hâte si je n’avais pas de courriels. Là-dessus, je me suis employé à rédiger ce texte, et, ma foi, voilà où j'en suis. Maintenant que j'ai toute ma tête, il est grand temps pour moi d'aller prendre une douche à l'eau chaude en vue de me vêtir d'habits propres. Cette belle journée qui s'annonce maussade me réserve plein d'autres surprises. Sois heureux ! Sois heureux ! © A.Z.D.
4 avr. 2008
L'autoportrait
Mon exercice thérapeutique de l'autoportrait de la persona. Pistache, le flash ! Tant pis, je resterai un trou noir. © A.Z.D.
No comment [la connerie]
"Il est vrai que je n'aime ni la connerie ni ses jardiniers, et Dieu sait que je n'apprécie tantôt pas mon reflet dans le miroir. La croyance que nous sommes tous doués pour comprendre et nous réaliser est mon garde-fou contre le mandarinat." Premiers pas, © A.Z.D.
Le cinéma
Georges Méliès est un réalisateur de films français du début du vingtième siècle. Son cercueil sommeille au Père-Lachaise à Paris. Il a révolutionné l'art des trucages et l'art cinématographique. Le Voyage dans la Lune par obus lancé par un canon géant, qu'il réalise en 1902, m'impressionne encore. En effet, la mise en scène, pourtant linéaire et primitive, est ô combien esthétique. Si les habitants de la Lune, les Sélénites, font prisonnier l'équipage terrestre conduit par le Pr. Barbenfouillis, c'est peut-être parce que la découverte du Nouveau Monde s'est faite ainsi. "Au loin, le clair de Terre…" © A.Z.D.
3 avr. 2008
La pataphysique
Nous sommes réunis ce jour afin de dénoncer la loi de la gravitation d'Isaac Newton. Mon laïus se veut bref, car il repose sur la formulation d'un truisme qui échappe aux hommes de science depuis le dix-septième siècle. Ce n'est guère notre Terre qui attire la pomme, c'est la pomme qui attire ses natifs. Effectivement, peut-on encore ignorer la déformation de l'espace-temps sous l'effet de la pomme qui l'occupe ? Alors que la masse inertielle est d'insane comparaison entre les deux, c'est toujours la pomme qui attire l'homme, et non l'inverse. Au point d'en faire un honnête objet électoral. Qu'ils osent protester tels qui me donnent tort ! Avant qu'ils ne se prononcent, je tairai ces boutefeux d'un fin mot ultime : de bonne foi je regrette, mais je n'ai jamais entendu de pomme dire à ses compatriotes : mangez des hommes ! © A.Z.D.
1 avr. 2008
No comment [le poisson]
"Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux." La Maîtrise de soi-même par l'autosuggestion, Émile Coué.
30 mars 2008
Le scénario
La vie est un scénario qui se mutine contre son auteur. Écrire une page de sa vie n'est que proposition désarçonnante. Quand bien même j'aimerais la regarder accourir de ma plume, j'encaisse ses coups. Aussitôt écrite, les producteurs dénaturent l'intrigue. Elle n'est pas suffisamment agricheuse : de l'action, du sang, du cul, des idioties : l'audience l'aime comme ça, m'sieur le rêveur... La genèse du divertissement remonte à Roma antica... Où qu'ils habillent, les décors virent topiques. La distribution des premiers rôles est à peine soignée. Les comédiens jouent faux et s'en vantent. Pis, les figurants se croient personnages, et les personnages se croient seuls. Rares sont les causeries maîtrisées : manquent-elles d'authenticité. Au-delà des théories physiques, le temps s'est violemment voûté. Les didascalies sont blasphémées. En vertu d'une suite quasi improbable, on s'accommode à mettre en scène des remakes où les faux pas sont reproduits à l'identique. Seul le suspense étançonne son honorabilité, car la vie rend la scène de la fine difficile à deviner. È bella pourtant. Un grand merci à celles et ceux qui y contribuent. © A.Z.D.
No comment [l'erreur]
"Je n'avais plus du tout de lait de vache pour mon café ce matin. Un vrai drame. Mon vieil ocelot, rencontré sur les routes d'Amérique, m'a obligeamment dépanné avec son gobelet. Je ne cesse de miauler depuis. Fichue accoutumance au café latte !" Premiers pas, © A.Z.D.
27 mars 2008
25 mars 2008
No comment [la déclaration]
"Écoutez, j'ai des choses profondes à vous dire. Je ne sais pas si je vous aime, mais je sais que je ne vous aime pas. Non, ce n'est pas cela. Parbleu ! Raisonnablement, si je vous aime, si je le sais, je ne sais pas. D'ores et déjà, je puis vous assurer que je sais si je ne vous aime pas. Pardon ?! Laissez tomber." Premiers pas, © A.Z.D.
23 mars 2008
Le métropolitain
Ce qui me met en train par-dessus tout : c'est de laisser sortir les musiciens avant d'y pénétrer, la musique isolante dans les oreilles ; ce sont les personnes qui espionnent les lectures d'autrui ; ce sont les manants qui dialoguent seuls ; ce sont les êtres qui se fouillent la tête ; c'est l'odeur de la crème pour les mains sortie de mille sacs ; ce sont les vrais étrangers libérés des carcans parisiens d'apparence ; ce sont les portraits qui condamnent les parents dont les enfants font trop de bruit ; ce sont les bonshommes qui embrassent ardemment leurs copines, les yeux suffisants pointés vers les autres protagonistes de la voiture itinérante ; ce sont celles et ceux qui adorent s'improviser mannequins à notre bout de chemin ensemble ; ce sont les gens qui convoitent leur voisinage à l'heure de pointe – si encore leur anneau n'était guère trouble-fête ; c'est cette nuée qui court après un métropolitain en marche comme si sa vie en dépendait. © A.Z.D.
22 mars 2008
The unity
Not always do streets lead to opposite sides. Black and White met by chance. For a clear denouement it makes no odds. White is an exceedingly vulnerable kid: escapist, ingenuous, by far generous. Counter to him Black is shrewd, calculating, and for all time protective with those he chooses to like. They abundantly squabble. At least Black does. They chuckle together too. In the midst of his infantile landscapes White ofttimes smiles for two. Street kids are unaware that without each other doomed are they ; if either of them was to abscond, in all likelihood would the other boy go dead. In that Black protects his kin from the ominous township, whilst White watches over the indoors darkness of men: they are unity from degeneration safe. Sometimes you have to get burned to see the truth. © A.Z.D.
21 mars 2008
No comment [le plaisir]
"C'est un grand bien à notre avis que de se suffire à soi-même, non qu'il faille toujours vivre de peu, mais afin que si l'abondance nous manque, nous sachions nous contenter du peu que nous aurons, bien persuadés que ceux-là jouissent le plus vivement de l'opulence qui ont le moins besoin d'elle, et que tout ce qui est naturel est aisé à se procurer, tandis que ce qui ne répond pas à un désir naturel est malaisé à se procurer. En effet, des mets simples donnent un plaisir égal à celui d'un régime somptueux si toute la douleur causée par le besoin est supprimée, et, d'autre part, du pain d'orge et de l'eau procurent le plus vif plaisir à celui qui les porte à sa bouche après en avoir senti la privation. L'habitude d'une nourriture simple et non pas celle d'une nourriture luxueuse, convient donc pour donner la pleine santé, pour laisser à l'homme toute liberté de se consacrer aux devoirs nécessaires de la vie, pour nous disposer à mieux goûter les repas luxueux, lorsque nous les faisons après des intervalles de vie frugale, enfin pour nous mettre en état de ne pas craindre la mauvaise fortune. Quand donc nous disons que le plaisir est le but de la vie, nous ne parlons pas des plaisirs voluptueux et inquiets, ni de ceux qui consistent dans les jouissances déréglées, ainsi que l'écrivent des gens qui ignorent notre doctrine, ou qui la combattent et la prennent dans un mauvais sens. Le plaisir dont nous parlons est celui qui consiste, pour le corps, à ne pas souffrir et, pour l'âme, à être sans trouble. Car ce n'est pas une suite ininterrompue de jours passés à boire et à manger, ce n'est pas la jouissance des jeunes garçons et des femmes, ce n'est pas la saveur des poissons et des autres mets que porte une table somptueuse, ce n'est pas tout cela qui engendre la vie heureuse, mais c'est le raisonnement vigilant, capable de trouver en toute circonstance les motifs de ce qu'il faut choisir et de ce qu'il faut éviter, et de rejeter les vaines opinions d'où provient le plus grand trouble des âmes." Lettre à Ménécée, Épicure.
17 mars 2008
13 mars 2008
L'aurore boréale
Vous êtes loin de chez vous. A Stockholm verbatim. Vous faites la connaissance d'un biophysicien assez jeté qui songe à son Berlin-Est. Il va de soi. Les temps sont salés. Vous vous serrez fort les coudes. Par symétrie. A écouter Pink Floyd en boucle. A savourer du thé vert à la menthe. A fumer le narguilé à la pomme. Depuis les carrées étudiantes, en latitude et longitude vous refaites le monde. Parce que. L'amitié est de circonstance, pourtant très copieuse. Il fait sept degrés en dessous du froid ; la nuit squatte le palier depuis trois heures d'après-midi. Vous ne vous souvenez plus de la clémence du monde extérieur. La Suède maîtresse paralyse vos fâcheux malaises ; à chaque nouvelle errance, des chemins vierges par-devant vous ; des îlots maintes fois parcourus. La vie sociale est très chère, et vous n'êtes qu'un étudiant très fauché. Il vous reste quelques longs mois à tirer. Le séjour s'éternise une fois encore. D'hiver une nuit, l'inespéré se produit : une aurore polaire envahit la magnétosphère ; moult halos fluorescents sablent les étoiles du ciel. Vous peinez à le croire. Jamais au sud, m'a-t-on dit. Seulement les lumières sont là. Wolfgang en est témoin. Mon Dieu : que c'est extraordinaire ! De la poésie. Marie s'allie au tandem. Elle flotte. Elle larme sous l'émotion. Elle refait du thé à la cannelle pour réchauffer notre légion étrangère. Une veillée inoubliable. Après tout, je peux partir serein. © A.Z.D.
3 mars 2008
No comment [le lazzi]
"Jeune et joli soyez : sympa, vif et gai en toute circonstance ; à végéter dans le vent évertuez-vous, de l'œil du cyclone défaites-vous : dans la tourmente la vie n'est que ! Aux publics votre vie adjugez ; faites des tas de choses, faites-en des tonnes, mais à quia mettez-les : de vous-même par rapport aux choses davantage parlez. Extraverti soyez, le sourire statufié ; de rencontres furtives et intenses abreuvez-vous, à toutes cames dernière tendance aux Bains Douches schnouffez-vous ; aux savoirs préférez les avoirs, à tout scoop audacieux adhérez, les masturbations philosophiques stériles plus que tout esquivez : de loin la sexualité mondaine l'affaire fait. En jouant avec la mort, au plus profond de l'existence dirigez-vous. Puis, ne point arrêtez-vous, pour peu qu'au réveil vernal vous le décidiez : pour un tel pas de géant, solide vous n'êtes pas assez !" Premiers pas, © A.Z.D.
28 févr. 2008
L'hypersensibilité
L'hypersensibilité neurofonctionnelle n'est pas une maladie, mais un tempérament inné et héréditaire qui peut rendre les hypersensibles victimes de crises inattendues de spasmophilie. Le monde dans lequel ils évoluent est désadapté pour eux, ce qui provoque l'incompréhension chez autrui. Leur comportement est perçu comme une pathologie psychologique, car ils ne cadrent pas avec les standards de la société. En tant qu'individus à la recherche d'accalmie, ils réfléchissant à verse sur le passé et l'avenir. Ils s'y prennent différemment du fait d'un grand usage de l'hémisphère droit du cerveau. De nombreux visionnaires l'ont ainsi été. Ils ont généralement un quotient intellectuel élevé et des facultés à percevoir les subtilités de l'environnement, à cerner les gens et les relations humaines tout de go ; ils ressentent la complexité du monde à l'excès ; ils sont souvent sollicités pour conseiller. Mais en cas de surabondance de stress – d'hyperstimulation –, leur cerveau se place en mode off. Les hypersensibles sont particulièrement perturbés par l'humeur des gens, l'entassement, l'éréthisme, les bruits, les lumières, etc., particulièrement signifiant outre mesure, étant donné qu'ils réagissent âprement aux stimuli et que leur empathie est très aiguë. Si quelqu'un de peu sensible arbitre : cette personne est un vrai vive-la-joie, l'hypersensible pense davantage : elle est refoulée, un énergumène, elle joue à double face, elle répand son trop-plein. Comment pourrais-je l'aider ou la démasquer ? Si ce quelqu'un d'instinct songe : la compagnie de cette personne-là m'est plutôt plaisante, l'hypersensible se pose la question suivante : en dépit du sourire angélique de mon interlocuteur, sa boîte noire m'agresse-t-elle aujourd'hui ? © A.Z.D.
25 févr. 2008
Le corbeau
La légende dit que le corbeau promène les âmes des défunts, afin qu'elles puissent apercevoir ceux qui ne les oublient pas. Posé sur le sépulcre, l'oiseau noir rend l'âme à sa terre d'accueil affamée. Si une âme est déportée, il pousse des cris lancinants dans l'espoir de retrouver les siens. Mais les vivants n'écoutent guère. Ils s'esbignent, tout souvenir indigéré fuyant. A la recherche de ceux dans l'entre-deux emmêlés, je rôde et cornaque à mon tour charognard. © A.Z.D.
21 févr. 2008
19 févr. 2008
La prothèse
Je viens de regarder une publicité télévisuelle sur une chaîne hertzienne. Il est vrai, j'ai donné sa chance à une occupation d'ordinaire filtrée. La réclame mettait en scène un couple de seniors en train de se rouler dans la poudreuse comme des adolescents attardés. Elle vantait les mérites d'une glu miracle pour fixer sa prothèse dentaire. J'ai été privé d'usage de mon cerveau un laps de temps. Il s'était en effet rendu disponible pour la nigauderie, bien que je ne pusse le constater qu'à la rédaction même de cette chronique. Je n'ai pas retenu la marque du fameux produit ; certaines choses se font automatiquement expulsées hors de mes champs mémoriels. Tout compte fait, je dis qu'il n'a pas été sympa, le publicitaire, d'insinuer que toute personne âgée finissait par retomber dans l'impuberté. L'homme vaut bien plus que ça après soixante-dix ans de mutationnisme, n'est-il pas ? Comme le pseudo-philosophe qui annoncerait qu'il n'y a rien à comprendre sur notre monde, parce qu'il n'aurait rien publié de nitescent durant sa carrière. Les niaiseries signifiaient : t'as un truc entre les dents chérie, et la caméra tourne ; tu seras ridicule à l'écran. Pendant que la conjointe songeait : mon cher époux, on tourne une publicité sur les prothèses dentaires et je suis sur le point de perdre la mienne ; pourvu qu'il n'y ait pas de gros plan ! Oui, les Français ont vu que vous étiez beaux, bien conservés, en grande forme olympique. Amen. Sous la foi des noix, il ne nous reste plus qu'à plagier cette ode à la vie et nous rouler dans les neiges éternelles. © A.Z.D.
17 févr. 2008
Le gangster
Ma grand-mère était un gangster. Sa fille souffrait de migraines chaque fois qu'elle partait faire un hold-up. S'il t'arrivait un malheur pendant le braquage ? s'inquiétait-elle. Bonne-maman lui confiait : mon enfant, à mon âge avancé, ce serait un cadeau s'il m'arrivait quelques coups de dés ! D'apparence inoffensive, elle faisait pourtant froid dans le dos avec sa canne-mitrailleuse ou sa ceinture émaillée de Penthrite. J'ai l'impression que ce passe-temps fut son narcotique contre l'idée fixe de la Grande Faucheuse, à l'image de la tombola ou des machines à sous assiégées par ses copines toujours en vie. Pour autant, elle ne manqua pas de payer des impôts sur ces revenus hors normes une année : la fraude fiscale n'était pas le genre de la maison. Suivant les barèmes du Trésor Public, une part fort respectable du butin annuel – proprement chiffrée – fut destinée à différentes œuvres de charité si ce n'est au mécénat. Quand mes parents s'offraient une journée entière de récréation, il arrivait qu'elle quantifiât les liasses de billets tout en me préparant des pommes frites au ketchup maison. Ne vous méprenez point ! Ma grand-mère était une personne aux grands principes. Elle insinuait que le choix était le seul bidule qui nous permît de différencier le bien du mal. Elle m'aimait. Je l'aimais. Son sablier s'écoula avant que je n'eusse eu le temps de le lui dire. © A.Z.D.
9 févr. 2008
Le fantôme
Je ne connais pas d'êtres plus tolérants que les fantômes. Pourrait-on presque soupçonner qu'ils furent taillés dans le souci de notre seul confort. Ils acquiescent à nos pensées ; ils nous pardonnent quand nous sommes en défaut. Il leur arrive de nous charrier, mais c'est par amitié par-dessus tout. Parfois sans-cœur, jamais sans raison, ils nous jettent à la figure notre mauvaise conscience. Un de mes amis m'écrit que les fantômes sont plus réels que la plupart des gens. Je comprends son allusion et le remercie de son soutien fantomal. Ces esprits – ces ghost nûment accomplis – n'ont vraiment rien à se prouver, rien à prouver dito. Curieusement, ils sont. © A.Z.D
31 janv. 2008
No comment [la bonté]
"La discrétion est aussi vertueuse que l'acte. Surtout lorsque nous tendons la main à quelqu'un. J’aimerais être vertueux. Pas vous ?" Premiers pas, © A.Z.D.
25 janv. 2008
Le Cupidon
- Vraiment, je ne reconnais plus Thomas. Sa boulimie se serait enfouie ? Soit elle lui a jeté un sort, soit elle l'a transformé. Ses yeux ne voient qu'elle ; la population de filles paraît décimée. Quelle maligne, cette Agathe...
- Agathe est veinarde d'avoir rencontrée Thomas en pleine mue. As-tu noté l'attitude de Casanova junior depuis quelques mois ? Il l'a remarquée les yeux sobres ; son usine de conquêtes à la chaîne l'avait aliéné, c'est sans conteste.
- Qu'est-ce que cette pute d'Agathe fout avec Thomas ? T'as vu sa gueule de cochon d'Inde : non, mais, je rêve ! Elle doit lui rappeler sa mère. C'est la seule explication plausible. Tôt ou tard, il viendra me supplier de le reprendre, tu verras.
- Mon Dieu, libérez-moi de celui qui tourmente mes nuits, car je ne suis qu'un lémure pour lui. Comment un visage d'homme peut-il briller d'autant d'innocence ?
© A.Z.D.
- Agathe est veinarde d'avoir rencontrée Thomas en pleine mue. As-tu noté l'attitude de Casanova junior depuis quelques mois ? Il l'a remarquée les yeux sobres ; son usine de conquêtes à la chaîne l'avait aliéné, c'est sans conteste.
- Qu'est-ce que cette pute d'Agathe fout avec Thomas ? T'as vu sa gueule de cochon d'Inde : non, mais, je rêve ! Elle doit lui rappeler sa mère. C'est la seule explication plausible. Tôt ou tard, il viendra me supplier de le reprendre, tu verras.
- Mon Dieu, libérez-moi de celui qui tourmente mes nuits, car je ne suis qu'un lémure pour lui. Comment un visage d'homme peut-il briller d'autant d'innocence ?
© A.Z.D.
19 janv. 2008
No comment [le bluff]
"In globo, le terme falot me définit cartes sur table. Aussi j'aime mes réflexions quand elles parviennent à me faire rire, car il s'agit de faits savamment inusités, vous l'aurez compris. Ma cachinnation s'est faite esclave d'autres esprits fins. Mais je ne ris que si c'est drôle : je suis de ceux qui peuvent se le permettre." Premiers pas, © A.Z.D.
18 janv. 2008
No comment [la passade]
"Si cette femme aimait un professeur de valeur, ou un Monsieur aux idées sublimes, bien sûr ce serait douloureux, mais cela resterait compréhensible. Mais que peut-elle trouver à aimer dans un vaurien de petit croupier ?" L'histoire de ma femme, Milan Füst.
Lost in translation
Je passai quelques jours à Úbeda, en Andalousie ibérique, à trois heures de Grenada ; trois heures de bus qui viennent contrarier le silence des oliviers. Le grand privilège d'assister à la nuit de San Anton qui clôt les fêtes de Noël me fut offert. D'imposants feux publics sont allumés passim cette nuit-là. Ils symbolisent l'effacement du passé, le renouveau. Les oiseaux de nuit durent se rappeler le grincement révolutionnaire connu par leurs ancêtres. Il était très beau le grand feu, utile en cette nuit hibernale. Il éclairait la jolie place Primer Mayo bâtie au siècle d'Or : le fruit mûr de la renaissance espagnole. Les flammes nous envoûtèrent. Ne serait-ce pas le souvenir de l'enfance qui est un feu, écrivait Gaston Bachelard. J'y rencontrai plusieurs autochtones fort accueillants. Yo no hablo español, mais je réussis à déchiffrer l’objet des discussions. Un soupçon frustré de ne pouvoir profiter de la subtilité du langage, je me concentrai sur les contractions du visage de ceux qui s'adressaient au Français-de-passage. Car je fus introduit ainsi, ce qui me résumait sans contresens dans le fond. Je me mis à lire leurs plurielles expressions, leurs intonations, émotions. Et... Les Andalous sont des êtres humains, tout ce qu'il y a de plus banal. La banalité me fascine itou. Durent être déçus ceux venus à la rencontre d'alien aux mines exotiques et coutumes ludiques. Je ne croisai guère de pícaro en chemin. Oui, je rêve de choses que j'espère impossibles. Toutefois, l'Espagne valut largement le détour. Mon amphitryon davantage encore. Hasta luego. © A.Z.D.
7 déc. 2007
L'impensable
Imaginons que la réalité soit un leurre, et que, mon cher Watson, les fondations ne soient pas élémentaires ! Modélisons une sorte de réalité parallèle, où les interactions entre les individus ne seraient plus les mêmes. Soyons inconsciemment émetteurs et récepteurs d'ondes électriques lesquelles transporteraient des informations sensitives aux fréquences variables ; ces informations véhiculeraient des envies, des goûts, des peurs, des désirs, des douleurs, et tant de choses autres. Hormis les éclairs de lucidité et la vie matérielle, nous ne saurions jamais quelles appétences germent grâce à nous, du fait qu'elles pourraient s'avérer happées auprès de n'importe qui ; tout comme nous pourrions être à l'origine de la conduite de certains. Juste assez de quoi devenir fou à lier ! Les individus-émetteurs seraient peu inquiétés, attendu que leurs pensées, tout comme leurs actes, émaneraient de leur source exclusive. Mais, en présence d'un auditoire, cela les engagerait de quelques responsabilités. Il leur faudrait en tout cas suivre des cours introductoires d'empathie. Si, en revanche, nous nous révélions être des antennes réceptrices, nous deviendrions une fraction de l'individu-émetteur croisé en chemin, duquel nous récupérerions un agrégat de ressentis imprévus. Et si nous n’avions jamais pris le temps suffisant pour nous connaître, nous vider d'autrui, ou bien que nous n'avions pas pris l'habitude de nous prémunir contre des interférences parasitaires, nous tomberions dans une méconnaissance structurelle de nous-mêmes. Elle me mettrait hors de combat, la réalité, si elle était telle. A moins d'apprendre à exercer le métier de télépathe dans une université souterraine et non diplômante auprès du Ministère de l'Éducation. L'issue de secours serait d'apprendre à évacuer sa cargaison quotidienne, de s'observer à chaque intense échange de regards ou chaque poignée de mains, dans la mesure du raisonnable, car nous restons dépendants les uns des autres. Jusqu'à preuve du contraire. Alors, savez-vous encore qui vous êtes ? © A.Z.D.
5 déc. 2007
La rumeur
A demeure en croisade, la rumeur est un aigre virus. Au verso de la grippe de 1918 se cache-t-elle ; pandémique, elle règle le compte des flopées de gens. Elle n'a besoin ni armées ni technologies autres que d'hommes : ce qui la rend tout au moins universelle que la mort. En sbire tout homme pouvant dégénérer, à son service tout homme sait se mettre. Vaine idée que de tenter de s'en débarrasser. Même les apories se laissent convaincre. L'histoire prétendue vraie est souveraine et inexpugnable ; elle colle les parois de la substance grise ; elle n'est capable de partir qu'avec l'oubli : mais sait-on vraiment oublier ? © A.Z.D.
Eh, les loustics, savez-vous ce qu'on m'a dit l'autre jour ? J'ai ouï dire qu'afin d'avoir un semblant d'existence sociale, les Untel, faute de bon aloi, jouaient leur va-tout en se faisant l'écho des dernières rumeurs.
30 nov. 2007
Le centième
Le centième article d'un blog mirifique, cela se fête pardi ! Mais comment s'y prendre pour fétichiser un tel événement ? Les émissions de divertissement du petit écran me vinrent soudain à l’esprit. Je me rappelai leur habituel bêtisier anniversaire. Rien de drolatique n'était apparu lors de mes excursions littéraires : le hic. Aussi décidai-je de placer des objets dans les rabicoins de mon domicile passés au scanographe. J'eus nécessité d’un appareil à téléphoner, d'un pot de pâte à tartiner fraîchement entamé, d'un chat domestique, d'un patin à roulettes et d'une chemise blanche mise sur cintre. Que le numéro commence ! D'énormes gouttes s'aplatissent sur les fenêtres ; il pleut très fort au temps présent ; l'automne ne se mure guère. Je m’apprête à poursuivre la rédaction de Tractatus quand le téléphone s'active à sonnailler. Drôlement fiévreux pour un début d'après-midi, je saute sur le combiné, j'en perds l'équilibre – le gyrus angulaire en panne –, et j'atterris sur un pot de pâte à tartiner ouvert : le nez dedans. Farci de chocolat aux noisettes, j'éternue si fort que la détonation me projette en arrière. Le canapé-lit amortit ma chute. Chose à bloc inattendue, le chat somnolait sur le canapé-lit. J'écrase sa queue à l'atterrage. En sus de miauler, le matou enfonce ses griffes dans ma fesse droite. Refoulement de tohu-bohu. Les félins ne peuvent pas comprendre le pourquoi de l'indépendance de la justice. Plein la truffe, fesse droite sanguinolente, alors que je mets le cap sur la salle de bain afin de soigner mes plaies, je glisse sur un malheureux patin à roulettes très mal rangé par mon fils. Les enfants ne peuvent pas comprendre pourquoi on vaticine que chaque chose a sa place. Mon instinct de survie soumis à des brimades, j'attrape in extremis une pointe de chemise suspendue à la porte, repassée avec grand soin pour un entretien d’embauche ; je suis naïvement persuadé qu'une chemise de blancheur nivéenne est qualifiée pour amortir un bout-en-train en chute libre. Je l'éventre d'un coup sec. Patatras ! Je suis encore à terre. Je suis encore atterré. La quête du Graal, je me la réserve une fois que... Sans le moindre cas de conscience. Maman : j'ai besoin d'un câlin sur-le-champ ! © A.Z.D.
27 nov. 2007
No comment [l'assimilation]
"Et je me mis à apprendre. Messieurs. Ah ! on apprend vite quand il faut ; on apprend quand on veut trouver une issue ; on apprend sans plus se soucier de rien d’autre. On se contrôle soi-même, le fouet à la main ; à la moindre résistance, on s’arrache la chair. Ma nature simienne bascula, elle fut furieusement expulsée hors de moi-même, à telle enseigne que mon premier maître fut sur le point d’être lui-même changé en singe et qu’il dut abandonner son enseignement pour être emmené dans un asile." Communication à une Académie, Franz Kafka.
26 nov. 2007
La bête
Alors que je rumine mes travaux de doctorat, j'entends au loin un cri haletant, comme un cri de désespoir, des sanglots contenus. C'est un cri de bête, c'est une bête de bât. D'ordinaire effrénée, de condition effrayante, elle n'est ici qu'affliction. Balayé par l'impéritie, je me précipite hors de l'appartement sans me méfier du danger qui battrait le pavé. Mes chaussures heurtent le bitume écaillé telles la foudre. Je suis plombé d'interrogations lesquelles cherchent des réponses photographiques. Des minutes après, au fin fond de la cité, j’aperçois une structure immense : une grue de chantier déplaçant des charges grossières. On la somme de mettre en pièces l'H.L.M. que ses aïeux bâtirent cinquante ans plus tôt. Vieille et lasse, elle vocifère au moindre déplacement de son bras décati. Elle supplie les hommes de la laisser rouiller en paix. Tant pis pour la bête. © A.Z.D.
25 nov. 2007
No comment [l'idéologie]
"Je suis intègre, éclairé et instruit, soit trois vertus parmi d'autres dont je ne ferai pas mention, car ma modestie n'a pas suffisamment cotisé pour partir en retraite. Du tréfonds de mes dites pensées, là où les molécules d'eau bannissent l'onde solaire, on entend le vade mecum bruire que mes réflexions sont bienveillantes vison-visu des personnages qui m'empruntent le je. Pourquoi sommes-nous moins indulgents envers la pureté d'autrui qu'envers notre propre salissure ? Bah, faute d'animadversion, nous n'aurions plus grand-chose à produire. Parvenez-vous à visualiser le spectacle ? De la mansuétude guimauve page après page... Quelle épreuve mentale ce serait ! Sommes-nous tout bêtement capables de tels hauts faits ? Entre vous et moi, comment voulez-vous aiguillonner le progrès de l'humanité si vous n'arrivez pas à démontrer que vos chemins, plus que d'autres, mènent à son couronnement. Les axiomes suivants sont à pourvoir : ne penser que des choses mal en point ; si des choses comme il faut il y a, réputées n'emmerder que le minimum requis, chercher en elles quelque mathématique avilissante. Et vous voilà idéologue chevronné. D'enfer !" Premiers pas, © A.Z.D.
22 nov. 2007
Le parc
Les parcs d'attractions fascinent les foules. Leur mine fantasque, dictée par l'odeur de la barbe à papa et les ampoules bariolées, doit y être pour quelque chose. Voilà une semaine qu'une fête foraine ambulante s'installa dans le parc communal. Manèges, parcours scéniques et autres boutiques de divertissement et de becquée, disposés d'après des lois topologiques propres aux géomètres forains, s'approprièrent une pelouse d'ordinaire occupée par les agents municipaux et les flâneurs. Je traversai un parc ensommeillé dans le clair-obscur matinal, la frairie n'étant possible, à mesure d'affluence, qu'à la tardive tombée du jour. L'atmosphère s'y voulait hiératique. Le silence perturbé par le chant primitif des oiseaux et la désertion rendaient le lieu comminatoire. Loin d'être paralysé par cette vacuité, je me retrouvai jusque canonné par l'incantation. Méritoire d'une bénédiction. Seul parmi les machines muettes aux formes loufoques et sourires sournois, je cheminais à travers l’oubli. Je fus pour lors le dernier homme sur Terre, hantant sa temporalité. © A.Z.D.
20 nov. 2007
La juvénilité
Silence ! S'il vous plaît… Symboliquement m'enchaîner à ce portail suis-je venue, car moi aussi j'accuse. J'accuse les autorités d'avoir érigé en loi l'indispensable autonomie des universités. Quant au gouvernement, je l'accuse de rendre le projet professionnel et le contrat passé avec l'université de tous les savoirs plus transparents. L’opacité m'allait si bien. Puis, le changement : ça craint ! Et pas qu'un peu. C'est pourquoi j'ai décidé de bloquer ma faculté tant qu'il y aura des guerres, de la famine, de la pollution et de la mondialisation dans le monde. Vous entendez ?! Alors, Messieurs dames les Députés, Messieurs dames les Sénateurs, Monsieur le Président de la République, Monsieur le Secrétaire général de l'O.N.U., Mesdames et Messieurs, si vous me le permettez : j'arrête les bêtises à condition que vous fassiez comme je vous dis. Les fascistes peuvent toujours m'envoyer leurs CRS. Je ne bougerai pas d'un centimètre, pas d'un centimètre ! Sinon pour m'allumer une cigarette, écouter mon iPod nano, ou téléphoner à ma maman. Non, je ne suis pas mégalomane. Je ne débloque pas. Au contraire, je bloque. Vive la démocratie urbi et orbi ! Mille et un mercis pour m’avoir écoutée. © A.Z.D.
Hors micro : Ça passe au journal télévisé alors ? Ça me démange de ne pouvoir sourire à cette nouvelle...
19 nov. 2007
La grève
La nature reprend toujours ses droits. Par exemple, une pluie torrentielle est capable d'emporter tout sur son passage, étant de force à se frayer un chemin qu'importent les obstacles. Elle n'est pas la seule. La nature humaine fait pareil. Aux aurores, en cette énième journée de grève des cheminots, nous croquions le marmot dans l'espoir d'arriver à notre destination : travail, école, domicile, et que sais-je encore. Deux trains arrivèrent simultanément. Le déchargement des passagers alla bon train. Tout comme notre camp – des migrateurs lève-tôt de la gare Saint Lazare –, le camp des arrivants sur Paname n'avait qu'une idée en tête : atteindre sa cible le moins mortifié possible. Contre toute attente (espérée), à l’affût sans fin des transports sur rails, nous subîmes un raz-de-marée de vile magnitude. Provoqué par une peuplade qui fuyait les fourgons constricteurs à bride abattue, le torrent emporta les marmousets que nous étions. Il fora des galeries autour, au travers et par-dessus nos carcasses. Nous nous révélâmes jouer le second rôle du barrage factieux. Ce qui resta de notre attroupement civil fut, en substance, un paysage d'îlots cernés par des ruisseaux sans trêve d'écoulement. Il est temps que cette grève cesse ! © A.Z.D.
18 nov. 2007
La logique
Si on définit un individu, une fois avoir opéré des réductions draconiennes, par les objets A = la CONSCIENCE, B = l'INCONSCIENT et C = l'ENVIRONNEMENT, on obtient les propriétés suivantes : C→(A ET B), sachant que l'environnement agit sur son comportement plénier ; (A ET B)→C puis (A OU B)→C, l'environnement étant ce que les individus décident d’en faire volontairement et/ou machinalement. La variable d’ajustement s'avère l'objet de conscience, car il permet d'influer sur B par l'introspection, sur C par l'action. Si A>B, alors l’individu est lucide. Si B>A, il est aveuglé. Par surcroît, si C>A, l'individu est déficient ; si C>B, il est assimilé, donc non-A. Or, dans le modèle, la motivation n'était aucunement d'interroger l'existence même de l'individu dès lors que l'objet A impliquait son être – je pense donc je suis (ndlr) –, l'objet B sa vraisemblance d'être, l'objet C son comble de non-être. Soudain écrasés par un acabit de clairvoyance émotionnelle, on re-découvre ainsi une réalité quellement déroutante. Esquintant, tout ça... Bonne nuit. © A.Z.D.
14 nov. 2007
S+7 [la frégate]
Par un numérotage d'auteur polaire, le navarin mit au moniteur l'outrecuidance et le timbrage. Elle destina la préoccupation à veiller sur les monteurs et les robinetteries, elle voua le secrétariat à la protestante des forfanteries. D'appât auguste, l'outrecuidance jouissait de grandes aquatintes olfactives et auditives ; elle était parée de longs grillages tranchants ce qui la rendait menaçante au premier coupe-circuit d'œilleton. Le timbrage avait l'alose d'une animosité de conduction et possédait une vulnéraire prodigieuse ; il apparaissait sponte sua inoffensif ainsi qu'il appert de ses grillages rétractés. Nos hétérogamies n'erraient qu'en solutés, résistant au renfoncement d'autrui. Elles étaient pourtant les gargouilles d'un testament uni. Quelle mordacité pourrait surgir de leur colombier ? L'averse est ce qu'on en fait, vraisemblablement. © A.Z.D. & O.F.
13 nov. 2007
La saynète
A une heure apathique, aliéné par les laconiques rencontres à la chaîne, j'aperçus un homme dans la salle fourmillante, à mon nord-ouest de l'échiquier de la drague. Il me rendit la pareille. Il était cavalier et moi pion égaré, put-on d'emblée comprendre. De son personnage la noirceur fut ma première impression. Il m'apparut sombre comme un stroboscope qui éclipserait le théâtre de l’existentialisme. Il était venu conquérir les désirs de la foule et scrutait de sang-froid tout homme sur son passage. De lentes gorgées de bière ponctuaient ses arrière-pensées. Il voulait que nous voulions de lui. Je voulais de lui. Que l'étranger enténébré et nomade fût-il, je sus qu'il ne le serait plus. J'entrevis son allure compassée. Je fis peu après un zoom sur de futiles détails vestimentaires. Sa seule réponse fut un regard acéré jusqu'à l'épuisement. Je devine rarement l'anatomie des individus, je décrypte leurs pensées plutôt. Il se savait beau et tenait à en être récompensé. Son esthétique n'eut pourtant pas raison de moi. Bien qu'il fût hautement séduisant, son aura éveilla ma véritable tentation. Trahissant ses faux airs souverains, elle jaillissait timidement de son armure de peurs. Aujourd'hui il est mon seul amour. Aujourd'hui je suis envoûté. L'aura ne sait pas mentir. © A.Z.D.
12 nov. 2007
Ne comment [la responsabilité]
"Supposé que, sans que je m'en aperçoive, chacun de mes battements d'ailes soulève la tempête quelque part ici-bas, deux choix simples s'offrent à moi : évaluer l'impact sur autrui de mes actes, ou bien congeler mes méninges intacts. Doivent être légers ceux et celles qui accèdent sans fard au second état. N'y arrivant pas, quant à moi, j'ai fini par m'accommoder de la pensée, par m'exiler là-haut dans les astres." Premiers pas, © A.Z.D.
26 oct. 2007
25 oct. 2007
Le sandwich
Un sandwich se compose de pain et d'ingrédients, soit un savant mélange de crudités et de viande pour les recettes sophistiquées. Puis, il y a la sauce d’accompagnement, telle que la mayonnaise, présupposée marier l'ensemble. Sans quoi les ingrédients risqueraient de paraître insipides, antinomiques. Aussi vouloir [sur]vivre en tandem, c'est comme hâtivement empiler une tapée d'éléments entre deux tranches de pain, en boycottant, sans la moindre exception, toute qualité pauvre en saveurs. Au sein d'un ménage, suivant cette théorie, chacun se pavanerait à étaler son stock d'ingrédients. De sorte que, si nul ne prend un peu de temps pour concocter une sauce seyante, les constituants n'agrégeront point, quand bien même seraient-ils succulents goûtés un à un. Eh bien, mes très chers aventuriers d'une longue vie à deux : à votre art culinaire parbleu ! Malgré son apparence, cet éditorial n’est certainement pas un communiqué d'anti-libertinage ; de gustibus non est disputandum. © A.Z.D.
24 oct. 2007
Le miroir
Miroir, mon beau miroir : dis-moi qui est ce Capitan errant ? Révèle-moi ce qu'il rêve d'être tant ? Et ce public qu'il songe à ses bottes, qu'appète-t-il incidemment ? De grâce puise la quintessence en lui, qu'il parvienne à le servir dignement. Drape le halo de la disgrâce que la quiddité ne sait porter décemment. © A.Z.D.
19 oct. 2007
Le fait divers
Les faits divers sont révélateurs des événements qui préoccupent la société, dit-on d'ordinaire. Suite à un incendie qui s'est déclaré dans son pavillon cossu, un homme est mort par brûlure jeudi dernier dans la banlieue ouest de Chicago, Comté de Cook, Illinois. Les enquêteurs ont découvert sur les lieux une escouade de pingouins morts par anoxémie. Ils n’excluent pas l'hypothèse d’un élevage clandestin à but lucratif et privilégient la piste du suicide par combustion. Dans son testament, le défunt avait déclaré léguer ses biens à Marc Chagall, le célèbre peintre français décédé en 1985. Le cours de l'enquête est d'autant suffocant que le défunt avait mêmement pris rendez-vous dans une clinique, le jour de l'incendie létale, pour y discuter du changement de ses organes génitaux. Il a envoyé une brève lettre d'adieu à plusieurs journaux à grand tirage, dont le nôtre, qu'il a adressée, je cite : à la fidèle attention de tous ceux qui se reconnaîtront. Dans cette lettre, il révèle avoir élevé – contre rémunération – le fils illégitime du Secrétaire au Trésor ; interrogé par nos journalistes, Ronald M. Welsh n'a pas souhaité commenter les révélations à son propos qu'il juge "outrageusement traitées à vau-de-route". Une contreverse d'intronisation est posée à découvert en épilogue de ladite lettre : tandis qu'en ce jour vous connaissez d’humiliants détails sur ma vie privée, détails faisant in extenso partie de la vie d'homme, vous sentez-vous davantage exister ? © A.Z.D.
17 oct. 2007
Le relatif
Qu'est ce qui, de front, est grand et petit, adipeux et mince, beau et laid, ailleurs et là, fragile et herculéen, attractif et répulsif, banal et fascinant, hâtif et traînant, altruiste et malveillant, avantage et inconvénient, rare combien qu'il soit opulent, substituable et complémentaire, moraliste et libertaire, universel et contingent, réel et inconscient, titre à la une et non événement ? El fitaler, voyons. Qui vive ? © A.Z.D.
14 oct. 2007
La billevesée
Cyndi honora le rite diurnal et retrouva Tania sur le tchat. Alors, Miss, tu as réussi à choper l'original de Zeeman ??? s'enquit la jouvencelle. Non sans sacrifice ! rétorqua Tania. J’ai dû léguer ma fortune à Ebay.com pour me le procurer. Toujours est-il, le brillant gosse vaut le détour. A la différence des godiches de Stacey et Brenda, qui bavent encore sur l'homme chauve-souris*, je me rince bien les neurones, talonna-t-elle. Pfff, franchement ! s'écria Cyndi. Celles-là sont sans appel condamnées à viser des béjaunes pour survivre au tête-à-tête après le grand coït ! écrivit-elle crânement avant de peinturlurer son commentaire d'émoticônes suggestifs. Naguère j’ai acheté PENSE-T-ELLE, lui fit Tania. Il y a un épais dossier sur la mémoire déclarative, ainsi qu’un papier hyper salace sur l’actualité non sportive qui rend les mâles chauds. Je dois te prêter le magazine pour sûr, poursuivit-elle. Vouais. Okay. Mais il me faut débiner subito là ! abrégea Cyndi. J'aimerais finir la lecture de Vision et prière de mon petit Dylan Thomas, et réviser quelques sophismes pour demain. Et oui, ma vieille, Bruce Wayne vient à la soirée de charité. Je suis excitée comme une femelle bonobo qu'on envoie en mission diplomatique. Je serai l’objet de tous ses fantasmes, ou je ne serai point, s'ébattit-elle. Comprends-moi ! Il me faut à tout prix laisser l'empreinte d'une performance panthéonesque avant de m’abandonner à l'eau-de-vie, folâtra la jeune fille avant de se débrancher du vaste réseau. Tout à coup emportée par une avalanche de panique, elle décoda qu'elle virait songe-creux pathologique telle une ado en mal d'existence. © A.Z.D.
* Chez les chiroptères, la taille des testicules est inversement proportionnelle à la taille du cerveau, ce qui prouverait que l'espèce des phallocrates à la Batman est une chimère.
12 oct. 2007
No comment [le courage]
"Bien que le courage ait été inventé par des poules mouillées, ne jetez point de blâme sur moi. Je sors à peine de ma douche." Premiers pas, © A.Z.D.
10 oct. 2007
Radiohead
Alors que je m'engageais vers des contrées oubliées, saturées d'arcs-en-ciel, je la croisai l'Alacer Pandora : l'infâme déesse des ruses. Sans que j'aie le temps de battre en retraite, ses bras me saisirent, me recueillirent, me ranimèrent dès l'abord ; ils me giflèrent, me caressèrent, m'allaitèrent, me bercèrent, m'embrassèrent en tout lieu, soignant mes écorchures, m'aimèrent – vidés de mention canonique –, m'insufflèrent quelques grammes de poudre d'étoiles, m'admonestèrent, m'agitèrent, me supplièrent, me pleurèrent ; m'abandonnèrent-ils ultimo. Il était vain de vouloir reprendre la route en pareil homme. Quand sur-le-champ m'apparut Neon Euaggelion ! Il se présenta à moi comme l'affidé depuis la grande émeute profane : le messager de l'espérance sui generis... L'écoute de l'album s'était passée comme ça. A peu de chose près. Une de ces expériences à la Hieronymus van Aken. L'hybride créature d'Oxford aurait été hors de prix sans la contrainte budgétaire conditionnant ma survie. © A.Z.D.
5 oct. 2007
La jalousie
Pareil aux autres cirques, Piccus jumelait le beau et le difforme, la fascination et le dégoût. Pareille aux autres compagnies, Piccus faisait cohabiter l’homme le plus fort du monde, des trapézistes, des contorsionnistes, des nains, des clowns, la femme à barbe et l'homme-éléphant. Mais Piccus programmait une attraction sensationnelle encore : l'homme le plus jaloux du monde. Rick Forrest Jr. fut un homme ordinaire, un talentueux charpentier tout au plus. Il avait épousé la jeune Jodie Wellington à ses vingt-et-un ans. Mrs Forrest était une belle fille, souvent courtisée, bien qu'elle s’en moquât éperdument, absorbée par sa vie d’épouse et d'écrivain public. Son époux se révéla pathologiquement jaloux, aussi indifférente au solde de la gent masculine pût-elle apparaître. Grand oiseau de proie, il lui faisait une scène de ménage dès qu’un homme, une femme, ou une bestiole urbaine errante lui prêtait attention. Ses excès paralysèrent leur mariage. Le couple s’aimait nonobstant, de fait se débarrassa-t-il du problème en émigrant vers l'univers du divertissement. C’est de la sorte que la petite population de Westmeath découvrit les Forrest à la levée du rideau. Elle fut surprise d'apercevoir une horreur d’apparence banale. D'emblée Mr Forrest dévora des yeux les regards portés vers son épouse. Il laissa la fumée s'échapper des orifices tel un volcan en proche éruption. Il ne fallut pas attendre longtemps avant de l'entendre fulminer contre la foule des tas d’obscénités : le volcan cracha une pluie de cendres. Le rideau fermé derechef, le public applaudit à l’attraction et reprit sa visite des atrocités. Il lui semblait dépravé de s'enquérir de l'histoire d'amour qui s'écrivait dans la caravane du tandem en rémission ; seul l'amusoire lui importait. © A.Z.D.
3 oct. 2007
Le vampire
Gare aux vampires. Munissez-vous de pieux faits de matière grise. Manifestez-vous en allure feutrée pour copermuter les gousses d'ail et vous ombrager. N'éliminez pas d'innocents gens. Ne confondez point. Ils manœuvrent en clandestins. Il en est qui s'apparentent à des striges, mais qui n’en sont pas. Pas toujours en tout cas. Vous les croisez partout et nulle part à la fois : dans le métropolitain, dans la rue, au musée, au concert, à la bourse, à l'usine, à l'église, en famille, chez le psy. Nuit et jour s'abreuvent-ils de l’âme humaine, l'évolutionnisme oblige. Hormis leur fort appas, les vampires sont armés de grâce et d'aménité de fine fleur. Ils attendent le moment opportun pour mordre les victimes, boire leur sang chaud, et ripoliner leurs veines de suie. Ceux qui agissent sciemment ne sont pas les plus mauvais : ceux-là font leur boulot avec diligence comme le ban et l'arrière-ban. Les pires sont ceux qui méjugent être des suceurs de sang, causant d'innombrables défunts. Tant que je serai vivant, moi aka The Slayer, je neutraliserai la vermine porteuse du virus vampirique, et je sauverai la veuve et l'orphelin, tout en me privant d'ex-voto, car la modestie se vend plutôt bien. Tous ceux qui souhaitent adhérer à la Ligue des Gentilshommes Dévampirisateurs sont priés d'envoyer leur curriculum vitae et l'épître de motivation à cette URL, en précisant bien ce qu'ils voient réellement dans le miroir, éveillés. Vive la résistance ! © A.Z.D.
25 sept. 2007
Le baiser
Robert Doisneau eut les honneurs du Baiser de l’Hôtel de Ville. Il le fit connaître aux quatre coins du globe. Je suis plus égoïste, je garde le baiser du samedi dernier pour moi seul. Invité au mariage d’une précieuse amie, j’assistai à une scène d’amour digne de ce nom. Le public submergea les mariés de pétales de roses diaprés peu après leur apparition sur les marches de l'église. Le couple observa le décor un court instant et s’embrassa. Ils étaient enivrés, rutilants, épris, inattentifs à l'émeute. Ils s'aimaient tant. Je cueillis l'instant euphorique. Le plus glacial des hommes aurait succombé à cet élan de romantisme. Longue vie à leur fusion d’alliances. © A.Z.D.
21 sept. 2007
No comment [la conscience]
"Someone's found a way to break into my mind. Sometimes you come face to face with yourself." Safe in Mind, Unkle.
20 sept. 2007
Le blog
Un blog, à l'exemple de celui que vous fréquentez à l’instant, alors même que vous lisez ces mots mis bout à bout, est un site Web tenu par une personne ou un concept anthropomorphique, A.Z.D. en l’occurrence, s'exprimant librement à une fréquence aléatoire. Soyons honnêtes, nom d’une pipe à la Magritte ! S’exprimer librement est garant des liberté et démocratie utérines, mais nous sommes là aussi pour nous faire remarquer, pour exister devant un maximum de visiteurs, et plus leur nombre croît, meilleurs nous nous pensons. Poussons le bouchon de plus belle. D'aucuns refusent de ratifier en res publica : mon blog chéri sera plus intelligent, plus drôle, et bien plus inventif que tous ces écrits de journalistes, écrivains et autres essayistes de la place publique ! Ils ne reconnaissent guère rêver, en tapinois, d’être repérés comme des prodiges insoupçonnés par le vaste cybermonde, singulièrement par quiconque serait à la recherche de talents innommés. Ils prétendent le contraire même, jusqu’à sous-entendre appartenir à des contre-courants présumés marginaux lesquels, rappelons-le, cherchent autant sinon plus à captiver le public que les mouvements populaires, ce qui se comprend fort aisément : il leur faut rattraper un certain retard. Mieux vaut se taire que d'en faire part. La démarcation nette entre deux univers existe parce que nous la traçons. Présentement que c'est écrit noir-kaki sur blanc d'aspect vieilli (sic), continuez à tisser la toile, le cœur soulagé d’apprendre que vous êtes d'humbles humains en instance de révéler votre génie. Ma foi, ce n'est point jocrisse comme projet de vie. A votre futur succès mon verre de pixels je lève ainsi. © A.Z.D.
18 sept. 2007
L’anagnoste
De retour chez moi. Une énième flânerie regorgeant d’autrui. Il est l’heure de déféquer et tirer la chasse d’eau : rendez-vous compte qu'un poète inventa la chose ! Que flairai-je en marchant sur les pas des gens ? Passèrent, à contre-pied, un gars enragé par l'amour, déchargeant sa colère contre le genre humain, une folle confondant à dessein les zigoteaux et les animaux. Après quoi apparurent un couple d’hommes aux regards lascifs, n’en déplaise à leurs alliances, une mère à cran, refoulant des pensées fielleuses sur sa progéniture ô combien sanctifiée, et une jolie fille balèze, parée d'un chignon impeccable à l'excès, absorbée par la prophétie de son nouvel acolyte. En fin de parcours, à un stade avancé d'éreintement, je croisai un petit branleur ébouriffé, au pantalon baissé, trépignant de désir pour sa camarade, ainsi qu'un vioque, affublé d'un béret couleur rouge-communiste, soutenu par une canne usée, s'embecquant d’anecdotes ramassées dans la rue. Enfin je plonge ma tête sous l’eau, j'observe le monde à travers son voile moelleux, et j'expire des bulles d'air pressées, condamnées à éclater en surface. Cette science soulage mon intérieur qui lorgne la bonace. Ma charge innée d'anagnoste des âmes m'impose de consoler les passants, mais je décide de ne pas le faire. J'écope mon cerveau a contrario. Je me décontamine des vies d'autrui. Ne plus être les autres. Être moi. Pour moi. © A.Z.D.
15 sept. 2007
No comment [la sagesse]
"L'homme est sage tant qu'il cherche la sagesse, mais dès qu'il croit l'avoir trouvée : il perd la tête." Proverbe arabe.
14 sept. 2007
La moustache
Mes mœurs casanières changèrent. Vous ignorez comment ? Ça se laisse deviner pourtant. Vous dûtes chercher les réponses à l'endroit où il fait froid ; vous y prîtes de mauvaises mesures, vous enfonçant dans une futaie d’impostures. Un épais duvet s'empara de mon faciès. Des soldats poilus envahirent mon épiderme d'Adam. Parmi ces terres incultes, il est celle qui distingue le nez du bec. Un beau jour, à l’occasion de la toilette vespérale – rendant incertain le souvenir du beau temps –, je cessai d'y faucher les poils. Tout simplement. De sang-froid, dans un havre de paix, je décidai de faire la peau au nouveau-né. Ainsi la végétation charnue des poils prit-elle forme de champs qu'on baptisa vulgairement moustache (μουστάκι). Icelle est dorénavant au service des RP et quelques autres tâches. Je ne saurais me dépouiller de sa tenture à présent. Elle fait partie de mon masque fignolé tant. Quelque part, elle apparaît avoir existé depuis la fin même du commencement. Tandis que je grimace, la brosse en déambulation sur la dentine, elle se dresse en oiseau des mers, et s’envole vers l’autre côté de la glace. © A.Z.D.
7 sept. 2007
No comment [la liberté]
"Si tu veux être heureux, être un homme libre, laisse les autres te mépriser." Sénèque.
3 sept. 2007
L'antidépresseur
Á Charles Bukowski.
Monsieur l'aliéniste, j’ai un tas de soucis gros comme ça : TAS DE GROS SOUCIS ! Je vends mon savoir-faire à des entreprises pharmaceutiques pour muscler leurs ventes d'antidépresseurs. Je dois être autant sinon plus dépressif que mes cibles marketing, et ce n'est guère par empathie. Voyez le gag ?! L'autre jour, un client – un de ces chefs de clinique très au courant de leur rang – me dit avoir été enchanté par mon argumentaire publicitaire que j'aurais animé par de scéniques soubresauts de l’humeur. Je rêve, ou le monde se fait aspirer par un gargantuesque trou à l'odeur fétide ? Le gonze dégoisait en métalangage crypté depuis son fauteuil de P.-D.G. et mon crâne dégustait une pollution d'intempestifs maux d'honnête bitture. Quelle plaie, ce mec ! Je lui balançai un piètre sourire de cadre commercial, faute d'être prou inspiré pour un coup de tête, faute d'être rentier à vrai dire. Le sourire fut emprunté à la réceptionniste du rez-de-chaussée qui éructa à mon madrigal sur la sédition du décolleté envers l'institution du mariage : me parut-il de circonstance. Passée l'hâtive poignée de mains, je me réfugiai dans le confessionnal des water-closets, tel un microbe pourchassé par le Canard-WC, et j'y chialai cul sec. La défenestration étant périmée depuis 1929, faire renaître l'homme éperdu n'était pas hors de propos. Cette situation arrangeait mon compte, bien plus encore celui de mon banquier au gré des crédits que je contractai auprès de lui. J'aurai le droit de jouer avec le repos éternel après leur clôture, me dit-il. Ce seront vingt piges de réclusion bénévole en attendant. En bref, assez jacassé Dr. Bobo-la-Tête, quelle pilule auriez-vous pour rambiner mon âme ? © A.Z.D.
2 sept. 2007
Le rhinocéros
Œuvre de gravure sur bois d'Albrecht Dürer, peintre, graveur et mathématicien allemand, datée de 1515 : "Probably no animal picture has exerted such a profound influence on the arts", The Pope's Elephant, Silvano Bedini. © A.Z.D.
La randonnée
La chose inattendue dans une randonnée en tandem, c'est que nos yeux, face au prodige de la nature, ne sont pas corrodés par des turbulences intérieures. Plus que nos entrailles, nous décidons de contempler les paysages à quatre. L'avantage est la délectation, l'inconvénient le risque de subornation. Peu m'en chaut. A refaire avec joie. © A.Z.D.
27 août 2007
Rock en Seine
Il y eut l'invasion par la cohorte ; du rock polymorphe à perte de vue. L'assaut sur le Parc de Saint-Cloud dura trois jours. Il y rôdaillèrent des étrangers aux visages familiers, vêtus de tee-shirts militants. Les étrangers poussèrent des cris, ils rirent aussi ; ils donnèrent le ban de bon gré, ils formèrent des chœurs au pied levé. Il y eut Arcade Fire : et quel Arcade Fire ! De nouveaux talents s'y aventurèrent ; s'y promenèrent l'émotion, l'électricité, l’alchimie pour attrouper le tout ; s’en suivirent l'extinction des voix et des feux ; y musèrent la Heineken, des produits illicites, de la boue couverte de paille, des porcins au-dedans ; s'y récoltèrent l’exaltation, la fatigue, le repos, des câlins : les vôtres, les miens ; mille choses encore. Ce qu'il en reste est un gazon patraque, quelques ordures çà et là. Il me reste, pour ma part, une pile de tracts et des souvenirs, et le grand privilège de les partager avec vous. © A.Z.D.
22 août 2007
Le chewing-gum
Parce que Mentos Pure Fresh est sans sucres et au Xylitol, l’Union Française pour la Santé Bucco-Dentaire recommande ce chewing-gum qui contribue efficacement aux soins des dents. Il empêche l’attaque de l’émail, la formation des caries, il inhibe la prolifération des bactéries, et favorise la reminéralisation de la dent. Qui eût pu imaginer que telle parénèse, tenue au rayon des confiseries du kiosque à journaux Relay H, produirait une chronique concupiscente ? © A.Z.D.
20 août 2007
La frasque
Par une nuit d'aurore polaire, la Nature mit au monde l'ourson et le tigron. Elle destina le premier à veiller sur les monts et les rivières, elle voua le second à la protection des forêts. D'apparence auguste, l’ourson jouissait de grandes aptitudes olfactives et auditives ; il était paré de longues griffes tranchantes ce qui le rendait menaçant au premier coup d’œil. Le tigron avait l'allure d'un animal de condition et possédait une vue prodigieuse ; il apparaissait sponte sua inoffensif ainsi qu'il appert de ses griffes rétractés. Nos héros n'erraient qu'en solitaires, résistant à la rencontre d'autrui. Ils étaient pourtant les gardiens d’un territoire uni. Quelle morale pourrait surgir de leur collision ? L’avenir est ce qu’on en fait, vraisemblablement. © A.Z.D.
14 août 2007
La mitoyenneté
Les six degrés de séparation, conceptualisés par Frigyes Karinthy en 1929 et confirmés par Stanley Milgram en 1967, suggèrent que deux terriens sont reliés par une chaîne de relations sociales comprenant au plus cinq autres maillons. Il s'agit du fameux effet du petit monde pris à témoin lors d'empoignades. Nous nous passerions de bonne grâce de notion aussi subtile tandis que s'y mêle Éros. © A.Z.D.
8 août 2007
L'attente
J'ai des sueurs froides. Je m'éponge. Je divague. Je prête l'oreille. Je l’égare. Elle s'appelle revient. Je délire. Je déraille. Je pleure. Je pense. Je ne suis que ça. Plus grand-chose. Je spame. Les mots interpellent. Ils m'appellent. Ils me parlent. Je ne réponds pas. Je ne tiens plus le crachoir. Je fais fi. Je m'en remets à Fibonacci. Je subis une lobotomie. Je bois. Je fume. Même pas. Je ne sais plus. Il faudrait pourpenser le tout. Je scrute le néant. L'arche est dépeuplée. Rien n’y fait. Je fais des efforts pourtant. Ils s'en moquent éperdument. Je suis empêtré dans un vaudeville. Ils le disent à bon escient. Ils ressassent du réchauffé. Par intermittence. Je moisis d'impedimenta. Quelle malchance. Le cœur s'aventura à lancer des harpons. Ce fut la raison qu'ils heurtèrent sensiblement. © A.Z.D.
4 août 2007
Sarajevo
Sarajevo vient du mot turc saray qui signifie sérail. Capitale de BiH, son histoire démarre sous l'autorité ottomane, en 1461. Officieusement, les traces humaines datent de l’ère illyrienne. Vers la fin du 17e siècle, Sarajevo était la plus importante ville des Balkans après Istanbul. Elle connut une apogée culturelle et commerciale, tissant des liens avec toute l’Europe. Sa modernisation continua sous l'occupation austro-hongroise jusqu'à l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand d'Autriche. A l’intérieur se côtoient mosquées, église orthodoxe, cathédrale catholique et quartier juif, ce qui lui vaut le surnom de Jérusalem des Balkans. A l’extérieur, la ville est bordée de cinq montagnes qui accueillirent les Jeux Olympiques d'hiver de 1984. Surgit son enclave par des légions serbes en 1992 ; apparut-elle sous un ciel non couvert ; des vendettas commanditées par les ancêtres d'une autre ère, censément l'âge de pierre, ressuscités pour l'occasion. La ville fut vitriolée par les canonnades et rongée par les tireurs embusqués durant quatre années. Autant dire une éternité. Les liens entre les communautés furent anéantis. Comment pardonner le déni ? Comment amnistier la folie ? La ville fut reconstruite, à faible proportion d'édifices à vau-l'eau, mais les vestiges criblés de balles et d’obus ne sont pas introuvables. On aperçoit aussi quelques champs de repos hors-la-loi. Aucune ville n'est pensée pour accueillir les jeux de guerre attendu la sauvagerie envers l'âme et la chair. Malgré les blessures, Sarajevo reste une merveille architecturale, à l'instar du vieux quartier Baščaršija. Ses habitants sont animés de courage digne des récits épiques. Ses anciens défenseurs, lesquels se voulaient médecin, ingénieur, architecte, agronome, économiste, juriste, journaliste, écrivain, enseignant, artiste, ouvrier, artisan, sont une raison de poids de ma présence parmi vous aujourd’hui. © A.Z.D.
31 juil. 2007
Les Simpson
Une blague dans Les Simpson le Film ne put être comprise par le public à moins d'être familiarisé avec l’économie du bien-être. La famille émigre en Alaska et reçoit mille dollars pour s'être installée sur un futur site pollué. Cette somme s'appelle le willingness-to-accept pour la dégradation de l'environnement. Tout usager d'un bien public détérioré perçoit un dédommagement monétaire compensatoire. Il s’agit donc d’une galéjade sur les économistes dont les modèles rémunéreraient les individus qui laissent faire la pollution. Oh, pinaise ! © A.Z.D.
4 juil. 2007
No comment [le retour]
"Il n’est pire douleur que le souvenir du bonheur au temps de l’infortune." La divine comédie, Dante Alighieri.
3 juil. 2007
No comment [l'ire]
"Je fais partie de la race humaine et pourtant je dis : qu’importe si l'homme disparaît du globe. Il l’aura bien mérité. Sa folie actuelle est telle, tant de stupidités et d'imprudence ! Il existera toujours des relais dans la nature. Dans l'évolution biologique, si une branche disparaît, elle est relayée par une autre. La nature et les animaux existaient avant nous sans avoir à supporter notre rapacité. Et l'évolution peut dessiner un cercle, lequel se renfermera sur les origines neuves, c'est-à-dire préhistoriques." Le chercheur d'absolu, Théodore Monod.
1 juil. 2007
L’ufologie
Pourquoi l’ufologie restera-t-elle ésotérique même si les charlatans sont gommés de la récente photo de famille ? L’ufologie se veut l'étude des observations d'ovnis et de phénomènes connexes. Au fil des années, les scientifiques ont commencé à s'y intéresser. Deux courants s’affrontent. D'un côté, les sceptiques, qui s’appuient sur le rapport Condon, et qui considèrent qu'il n'y a pas de preuve suffisante pour soutenir l'hypothèse extraterrestre ; de l'autre côté, ceux que je nomme les croyants, puisqu’il n’y a pas de terme pour désigner les non-sceptiques, qui estiment que les ovnis pourraient être d'origine extraterrestre. Les sceptiques s’appuient sur le modèle sociopsychologique qui procède à moult lectures prosaïques : illusions optiques, hallucinations, souvenirs construits, etc. Il est aisé de décrédibiliser un témoignage peu ou prou invérifiable. Mettons en situation un homme d’une quarantaine d’années, de profession ingénieur, se disant cartésien – un sceptique, dit autrement –, ayant une épouse, des enfants, un chat. Je rajoute à cela l’absence d’antécédents psychiatriques. Imaginons maintenant que cet individu soit intimement convaincu d'avoir été enlevé par les extraterrestres. Je suis certain que s'il était placé en détention dans une cellule peu éclairée, ne comportant qu’une table et deux chaises, et qu'il subissait d’interminables entretiens avec un médecin, un biophysicien, et un psy, il dirait, dans un état d’épuisement extrême, avoir tout inventé, en arguant des refoulements traumatiques juvéniles, voire la crise existentielle. Qu’en penser ? Je serais le premier d'avis que notre personnage a une imagination féconde, les délires épisodiques ayant été enregistrés chez de nombreux individus clamés sains d’esprit. J’invoquerais le principe du rasoir d’Occam et la primauté de l’explication la plus simple. Après coup, je me poserais la question : serait-il dévot ? Supposons qu'il le soit. Un tel cas serait ubuesque, pour la raison que Dieu relève du même registre. Comment peut-il rester pieux et cohérent ? L'humain a besoin d’autrui pour donner du sens à son expérience, à ses vérités. Même un scientifique a utilité des confrères pour soutenir une thèse. Or, dans notre exemple, il est seul, face à lui-même. Les prophètes ont d'antan trouvé écho chez des sujets peu familiers avec les méthodes scientifiques. Les prophéties se sont transformées en contrats sociaux. De nos jours, elles passeraient probablement pour du delirium, le grand nombre étant lucide de son histoire. Que se passe-t-il en fin de compte avec notre victime d’enlèvement ? Elle aurait tôt ou tard à choisir. En faire un dogme, plaidant des éléments officieux et peu vraisemblables, ou le passer sous silence, en attendant une manifestation notoire. L’ufologie ne pourra symboliser qu'une discipline ésotérique jusqu'alors : soit le sort qu'aurait subi le culte religieux si les prophètes s'étaient manifestés avant-hier. Le paradoxe de Fermi reste donc idoine jusqu'au prochain tournant. Les fantasmes divin et extraterrestre sont dans une concurrence qui n'a rien de pur et parfait. Si les venus-d'ailleurs nous scrutent à titre privé, ils ont cette chance de nous voir nous méfier les uns des autres : leur inexistence n'est rendue que plus facile. Il n'empêche. Détenir la preuve de l'existence d'une espèce avancée, et l’évidence de l’origine universelle des organismes vivants, condamneraient les textes sacrés à revoir leurs sources, sans même évoquer l'imbroglio, lequel se répandrait parmi les fidèles non asphyxiés par l'absolutisme panthéiste. Cette révision coûterait des sommes astronomiques aux institutions cultuelles. Alors, qui de préférence nous observe de là-haut : Dieu ou les petits hommes verts ? © A.Z.D.
29 juin 2007
Persepolis
Je n’ai jamais fait de propagande dans ma vie – tout du moins je le préjuge – bien que j'aie subi l'ablation de la moelle épinière par le diktat communiste à mon jeune âge. L’envie de m'y livrer ici me démange. Terriens, précipitez-vous dans les salles de cinéma pour voir le bijou du septième art de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud : Persepolis. Écoutez attentivement ce qu’ils racontent. Derrière la poésie de l’animation, derrière l’humour fracassant : la générosité narrative, tout simplement ; une héroïne révélée telle quelle : terriblement humaine ; un témoignage décent, poignant pour autant, sur le totalitarisme, la guerre, la famille, la jeunesse, l’exil… Messieurs dames, les réalisateurs, je crois avoir eu le coup de foudre pour votre film. © A.Z.D.
26 juin 2007
Le feu
Les orages sont fascinants même s’ils ne présagent pas la quiétude. Ils font venir la foudre laquelle couvre le ciel des cours d'eau dessinés au néon. C’est particulièrement beau. Il y a aussi des tonnerres. Ils sont moins drôles, généralement. Ils font bien trop de bruit et suscitent la peur chez l'enfant. Pour le rassurer, l'adulte doit le fixer dans les yeux, le regard rieur, et lui apprendre à compter les secondes qui s'écoulent entre la foudre et le tonnerre. Plus les secondes s'amassent, plus l’orage s’éloigne. Ça marchait jusque-là. Précipité dans le sous-sol, l’enfant peinait à voir ce grand orage dont parlaient tous. Quelques jours encore, l'élève allait à l’école, peignait la libellule sur le vitrail, jouait au ballon en cuir, trifouillait son Commandor 64. Mais il ne savait plus compter les secondes ; le grondement était tonitruant, dénué de sens, empêchant tout dénombrement. Personne n'expliquait le feu du ciel, n'éteignait l'incendie de la ville. Le monde se désaxait dare-dare. L'adulte n’avait plus d’astuce dans son sac ; lui aussi manquait terriblement d’yeux rieurs. L’enfant pleurait, malheureux témoin d'un univers épars. Il préférait encore ses larmes aux détonations. Il aurait tant aimé s'endormir. Après un laps de temps larvé, il regagna sa chambre – ce qu’il en resta du moins –, convertie en cheminée durant l'occupation des caves devenues catacombes. Les ondes radioélectriques annoncèrent un temps très orageux pour une durée indéterminée. Quels météorologues oseraient dire une chose aussi absurde ? © A.Z.D.
23 juin 2007
La singerie
Il était une jungle où régnait le grand singe depuis l'amnésie du coup d'État. Le monarque était un personnage narcissique et paranoïaque. C'est pourquoi il s'armait massivement de gorilles mercenaires qui devaient éliminer les opposants à son règne, aussi bien reconnus qu'imaginaires. Le monarque était friand du pouvoir dès son plus jeune âge ; il aimait chercher les poux chez les autres, et adjurer l'épouillage forcé de tous. Dans la jungle, peu d'âmes trouvaient intérêt à empreindre le lamarckisme des droits des animaux. La plupart se contentaient de prêcher la grandeur du grand singe devant des témoins – s'avisant à échapper au nettoyage idéologique –, le restant déblatérant en proie au psittacisme. Le pouvoir était depuis longtemps partagé entre les nababs et les pseudo-savants. En tant que mégalomane digne de ce nom, le grand singe n'hésitait pas à s’enrichir, en toute impunité, par des successions d'impôts improvisés. Un jour, il se saisit du droit suprême de battre monnaie à son effigie et imposa une nouvelle monnaie d’échange. Ainsi fut improvisée la monnaie de singe : c'étaient de maigres rondelles de banane que les forgerons marquaient du portrait du monarque au fer rouge. Les animaux durent illico échanger leurs graines contre les rondelles, sous l'œil attentif des gorilles qui reçurent l'ordre de neutraliser tout animal désobéissant. Les rondelles pourrirent sans coup de théâtre. Leurs propriétaires se retrouvèrent sans un rond en poche, dépouillés des graines dans lesquelles ils avaient jusqu'alors confiance. Son Excellence se félicita de sa belle singerie, et festoya en l'honneur : il gambada et se trémoussa sur des bananiers transplantés autour de son nid. Cette nuit-là, il dormit comme un bébé singe. La nuit d'après, en revanche, il fut réveillé par les animaux qui décidèrent, désespérés puis enragés, d'assiéger sa cité bananière, afin de les renverser lui et son régime alimentaire. La jungle n’avait plus d'institution judiciaire indépendante et pratiquait la peine de mort. Sa tête fut donc tranchée au vu et au su de tous, telle une rondelle de banane pourrie. Après son exécution, les bêtes décidèrent d’élire un chef légitime. Elles ne savaient pas comment s'y prendre, encore qu'elles prétendissent le contraire – quelles théâtreuses ! – et n'avaient pas forcément bien appris à parlementer, si bien qu'elles donnèrent les pleins pouvoirs à un autre grand singe qui singeait le savant grâce à son art oratoire renversant. Une chasse aux animaux fut organisée à son sacre. © A.Z.D.
22 juin 2007
Le perpetuum mobile
J’accuse le démon de Maxwell d’avoir tenté de flétrir les lois de la thermodynamique en usant de sa soi-disant expérience de pensée, et gâcher ainsi un vieux rêve de gosse : voir un jour construite la machine à mouvement perpétuel ; une noria rien que pour moi. Un corps isolé, en mouvement rectiligne uniforme, ne dégage pas d’énergie en théorie. Il peut y avoir de mouvement perpétuel. CQFD. Barbaque ! Charogne ! Saligaud ! © A.Z.D.
21 juin 2007
Inside Man
La citation du Baron de Rothschild, à laquelle recourt le trafiquant d'influence pour insinuer le motif du braquage de la banque, résume la finesse du scénario habilement porté sur le grand écran par Spike Lee : "When there is blood on the streets, buy property!" Un film d'une fluidité saisissante. A voir absolument. J'irais même jusqu'à dire qu'il s'agit du meilleur polar que j'aie jamais vu. © A.Z.D.
19 juin 2007
Le néant
Imaginez-vous allongé par terre. Vous vous réveillez nu, légèrement assommé, victime d'amnésie lacunaire. Le lieu n'inspire aucune utilité criante. Autour de vous s'étend un blanc sclérosé à perte de vue. La température est de dix-huit degrés Celsius. Le sol est froid et ivoirin, habillé de céramique. Il n’y a ni carrelage ni mosaïque. Rien que des étendues froides de terre cuite blafarde. L’air est incolore ; il apparaît blanchâtre pourtant, car la lumière réfléchit quelque chose de laiteux. Vos couleurs naturelles poignent curieusement intrusives, elles sont quasi gênantes. Que se passerait-il ? Tandis qu'il est difficile d'y répondre avec précision, tout laisse à penser que : 1) vous vous demanderiez qui pourrait vous faire une chose pareille, et pourquoi vous emprisonnerait-il dans une cage géante, puisque, de toute évidence, l'idée d'un lieu non délimité par des frontières vous serait insupportable ; 2) vous feriez toutes sortes de calculs, mais seriez tôt ou tard freiné par la désorientation temporo-spatiale ; 3) déshydraté, vous commenceriez à délirer, sans engager des pratiques extrêmes en geste de survie, le néant ayant radié tout espoir en vous ; 4) vous vous confesseriez à haute voix, larmoyant, pensant à toutes ces personnes aimées et abhorrées dont vous imploreriez le pardon, sans que rien ne vous y oblige, comme si cela vous était imposé par l’ADN sociale ou une caméra de surveillance ; 5) après avoir soulagé votre conscience refoulée, aveignant le rang des thaumaturges, vous décéderiez en planant, non-voyant, avec pour dernière pensée : mon rendez-vous avec Dieu. Alors qu’il s’agissait simplement d’un espace indéfini et d’un être humain, privé de repères, à l'article de la mort. © A.Z.D.
18 juin 2007
La sélection adverse
Une amie compara les sites de rencontres au marché automobile d’occasion de George Akerlof, soit son brillant travail sur l’asymétrie d’information et la sélection adverse qui lui valut le prix Nobel d'économie en 2001. Je trouvai ce rapprochement remarquable et décidai de dépister les symptômes analogiques. Le propriétaire d'une voiture d'occasion connaît son état, à l'inverse de l'acheteur. L’acheteur sait que le marché comporte des voitures en mauvais état, ce que les vendeurs essaieront de cacher. Il cherchera donc à les payer au prix le plus bas. Le propriétaire d’un bon véhicule refusera de le vendre à un prix aussi bas et se retirera du marché. Il ne restera sur le marché que des vieux clous. La solution pour l'acheteur consiste à payer le capital réputationnel en plus : en exigeant des garanties contractuelles. En effet, seul un prix de vente élevé pourra inclure des garanties. Qu'en est-il du marché de l'amour ? Sur un site de rencontres, c’est la personnalité derrière la photo qui est méconnue. Le vice rédhibitoire étant avéré, les personnes fiables se retirent du marché, lassées de s'exposer à des cas sociaux, n'y laissant que desdits cas, dont un certain pourcentage appelle au suivi psychiatrique. Les gages de confiance habituels des internautes sont les signaux de type niveau d’étude, profession, passe-temps, et projet existentiel : l’homogamie et l’endogamie étant très répandues chez les humains. Je n’ai volontairement pas cité la liste des qualités et des défauts, vu qu'à contre-poil du véhicule, l’humain se connaît fort peu et patauge souvent dans le déni. Le capital réputationnel ne joue pas ici un grand rôle, car avoir été essayé et adopté par d'autres adhérents du site ne rassure pas ou peu, aussi charmants seraient les suborneurs. Pourquoi ces sites s’introduisent-ils en bourse plutôt que ne déposent le bilan ? En raison d'une utilité sociale élevée : parce qu’ils occupent le temps libre de nombreux célibataires, notamment des timides pathologiques ; parce qu'ils maquillent la tristesse du quotidien ; parce qu’ils donnent l’illusion d'un semblant d'existence sociale, peu importe la virtualité du badinage ; parce qu'ils autorisent Peter Parker à se prendre pour Spider-Man ; parce qu'ils donnent le droit d'engager et de refuser des avances sans embarras ou algarade ; parce qu'ils entretiennent la bonne vieille fabulation anthropienne ; parce qu'ils permettent, enfin, de nourrir d’anecdotes les soirées entre amis. Comment dans ces conditions conjurer les vieux clous bons pour la casse ? Dialoguer en tendant des pièges qui trahiront l’escroquerie, à savoir manipuler la conversation pour éviter de payer le prix fort. Il n'est guère utile de souligner le rigorisme d'une telle démarche, à moins d'être gourmand des films d'espionnage. © A.Z.D.
Vingt-huit
Naufragé sur une île déserte de l’Amérique, Robinson Crusoé vécut près de vingt-huit ans dans un isolement relativement serein avant de lier connaissance avec Vendredi. Comme chacun le sait, ou pourrait l'apprendre en lisant le roman de Daniel Defoe, Vendredi devint son compagnon de route après qu'il avait été commensal sans-façon. Cette histoire, je la fais mienne. Après vingt-huit ans de services rendus à Sa Majesté le Pensum, je me convertis à la semaine anglaise. Il n'est jamais trop tard pour bien voir son compte à rebours. © A.Z.D.
16 juin 2007
Le genre
Certains proches me parlèrent fougueusement du best-seller de John Gray : Les hommes viennent de Mars, les femmes viennent de Vénus. Je comprends maintenant pourquoi nous disons qu'un homme est sec, qu'une femme est acide. Il s'agit de l’atavisme interstellaire donc. Il fallait y penser ! © A.Z.D.
No comment [la guerre en civil]
"Supposons qu’il existe un point A et un point B et que, si l’on veut se rendre du point A au point B, on doive traverser un espace à découvert, nettement visible pour un sniper habile. Il faut courir du point A au point B, et plus vite on court, plus on aura de chances d’atteindre le point B vivant. L’espace compris entre le point A et le point B est jonché d’objets que des citoyens ont laissé tomber en chemin en piquant un sprint. Un portefeuille en cuir noir, probablement vide. Un sac à main, comme une bouche béante. Un récipient en plastique blanc, percé en plein centre d’un trou de projectile. Un châle vert, rouge, marron, ornementé de flocons de neige, et sale. Une tranche de pain mouillée, avec des fourmis affairées rampant dessus en tous sens, comme occupées à construire une pyramide. Une cassette vidéo démantibulée, avec plusieurs morceaux encore rattachés à une bande magnétique noire entortillée. Les jours où les snipers sont particulièrement enragés, il y a aussi des corps, disséminés là. Il se peut que certains d’entre eux soient encore en vie, parcourus de soubresauts, rampant dans la direction de ce point là-bas, à couvert, et laissant une traînée sanglante derrière eux, comme des escargots. Il est rare que les gens tentent de leur venir en aide, car tout le monde sait que c’est ça, justement, qu’attendent les snipers. Parfois, c’est un sniper pris de pitié qui achève la personne en train de ramper. Quelquefois, le sniper joue avec le corps, lui tire dans les genoux, les pieds ou les coudes. On dirait que la distance qu’il ou elle parviendrait à courir avant de s’être vidé de son sang fait entre eux l’objet d’un pari." De l'esprit chez les abrutis, Aleksandar Hemon.
La chevalerie
Les garçons adorent jouer aux chevaliers moyenâgeux, avides d'adoubement, si ce n'est d'inféodation. Le mythe est simplement une amplification du fantasme collectif porté par des individus. Les tables rondes n’accueillent encore qu’un actionnariat fort minoritaire. Chers parents des sept continents, n'hésitez pas à aimer vos enfants tels quels : évitez au monde d'avoir à supporter des mégalomanes névrosés. © A.Z.D.
15 juin 2007
La mère
Il était un garçon légèrement hors normes : un déviant. A neuf ans, sa cousine aînée le surprit, en retrait, en train d'écrire sur un bout de papier. Elle put y lire : Nous croyons savoir où nous allons, alors qu’en réalité, nous ne savons rien, absolument rien. L’avenir ne fera que le confirmer. Elle le contempla ébaubie. Le garçon fut aussitôt dénoncé à la mère qui pria la famille de laisser son fils en paix. L'amour maternel est une offre non soumise à conditions. © A.Z.D.
14 juin 2007
No comment [la dévolution]
"[…] les machines ont bien plus d’âme que la plupart des hommes qui transitent sans cesse sur ce globe, dont ils ne sont plus que les contrôleurs de service. Elles ont si bien su nous saisir qu’elles nous ont gentiment dépossédés, non pas du monde, mais de nous-mêmes. Et l’aventure la plus excitante dans un monde dominé par un tel paradigme, c’est de retrouver ce qui fonde l’humain et dont les machines, fort gracieusement, nous ont délestés : notre propre inhumanité." Cosmos incorporated, Maurice Dantec.
13 juin 2007
La rencontre
Je trouvai dans ma bibliothèque un livre étrange que je suis sûr de n’avoir pas acheté : Les plus belles premières rencontres de la littérature. Il dut se perdre dans les rayons après une visite quelconque. Est-ce une bouteille à la mer que je n’aurais pas repêchée à temps ? Aucun message à l’intérieur. L’élucubration m’envahit, forcément. Si j’avais la bonne fortune de vivre un prologue romanesque, quel serait-il ? La réponse vint d’elle-même : ce serait une cascade de rencontres ratées, de croisées avortées, d’entregent bazardé ; ce seraient des concours de circonstances auxquels je déciderais de ne donner aucun sens, parce que je serais méfiant, irrité, distrait, ou simplement prosaïque, sur ces entrefaites. Tous les ingrédients réunis n’y changeraient rien. La date, l'heure, le lieu, le hasard, la pluie, le regard inconvenant, l'allure dépenaillée, le parfum gorgé d'eau, l’imprudence de l'effleurement, la réplique malhabile pour finir, se perdraient dans l'oubli d'une vie pressée. © A.Z.D.
La sagacité
"Si tout est incertain, pourquoi craindre quelque chose ?", disait le grand Solon. Il ne vaudrait mieux pas, pour les assureurs, que la philosophie athénienne soit comprise par le grand nombre dans le strict sens des mots. © A.Z.D.
12 juin 2007
Nosferatu
Nosferatu la symphonie de la terreur est le chef d'oeuvre romantique, saupoudré d'expressionnisme, réalisé par Friedrich Murnau en 1922. Un grand classique qui inspira tant de films d'horreur. Cet arrêt sur l'image résume à merveille l'éloquence du long-métrage : nous savons d'emblée que l'ombre du comte n'augure rien de bon ; pour autant, nous avons une irrésistible envie d'aller voir ce qu'il se passe après. © A.Z.D.
9 juin 2007
L'anticipation
Hormis les séries B dans lesquelles, faute de budget, les extraterrestres s'apparentent à des humains travestis en animaux génétiquement modifiés, les grandes œuvres de science-fiction, aussi bien au cinéma qu'en littérature de genre, anticipent des civilisations de spécimens uniformes et ordonnés que nous qualifierions facilement de fantoches. L'individualité est effacée au profit d’une cause considérée comme supérieure. Est-ce la seule manière de rompre avec l’adolescence technologique dont les terriens souffrent depuis le siècle dernier ? Cela passe-t-il inéluctablement par le fascisme ? J'aimerais que nous progressions autrement. Chères espèces d'outre-espace, en admettant que vous ayez identifié nos failles, montrez-nous comment nous réinventer pour ne pas sombrer dans la prépotence. Certes, nous saurions y parvenir un jour, mais réduits à de simples apprentis sorciers, nous risquons fort de nous entretuer avant d’avoir tout compris. Vous allez vraisemblablement nous infantiliser et nous démontrer que nous ne sommes pas prêts à assumer un tel niveau d’avancement ; nous en conviendrons non sans frustration, je dois l'admettre. Sachez toutefois qu’apprendre d'autrui n’est pas chose rare sur notre planète : c’est ainsi que nous cultivons les terres après la jachère. Quant au probable symposium précédant votre interventionnisme, n'ayez crainte. L'ingérence est très populaire sur Terre, et nous serions impotents en logique de nous y opposer à brûle-pourpoint. © A.Z.D.
8 juin 2007
A History of Violence
Tom Stall, un citoyen ordinaire, abat deux agresseurs par légitime défense. Ce fait divers le rend médiatisé et fait réapparaître certains fantômes du passé. Tom Stall est en réalité Joey Cusack, un ancien mafieux déséquilibré. Dans ce film, David Cronenberg peint ingénieusement une violence à la fois polymorphe et virale. Il y a la violence institutionnalisée qui fait partie intégrante du paysage, la violence du refoulement, l’escalade de la violence chez un jeune homme, la violence familiale et conjugale enfin. L'étiologie s'articule autour de l'insoutenable déception en l'idéal de chacun, inatteignable pour tous. Le passé l’emporte sur l'avenir tant que la femme congédie son conjoint, attendu qu'elle incarne l’expiation vers le pardon. Après que le père revint de la tuerie, seule la fillette lui donne le couvert, ignorant tout de lui, à l’instar de l'épouse qui lava ses crimes autrefois. Nous faisons nos ablutions aux côtés des anges, cherchant désespérément à nous identifier à leur idéelle espèce. Abstraction faite du passé qui nous hantera quoique nous fassions, les questions posées par la pellicule sont : peut-il y avoir de rédemption autre que la répression ? Quels sont les rapports à l’identité lorsqu’un homme tente de changer de vie ? En bref, un grand cru du Festival de Cannes 2005. © A.Z.D.
7 juin 2007
Blaise de Vigenere
Bm xyxisllm wov ecljm ncjkcajm yy jfwl lmxgzesw sqtmz, doak vuoj vb kgusyj rilsvz lvjdgfagvcvg. Lm zkmkvg egv jilo fwnm. © A.Z.D.
3 juin 2007
La trajectoire
J’écoutais de la musique, étendu sur le canapé, quand s’introduisit un moucheron dans le salon. Il circula sous la lampe astrale. Il n’y eut jamais d’invention plus charmante que celle de la lampe astrale. Voici sa trajectoire. Le moucheron n’eut pas de stratégie de vol. Arriva un deuxième moucheron, ce qui me fit sourire. Ils sillonnèrent la région sous la lampe astrale. Le moucheron n'eut toujours pas d'idée pour son escale, mais avancer à deux parut plus amusant. © A.Z.D.
Le triptyque
Il était un robot qui se passionnait pour un triptyque peint par l'illustre Jérôme Bosch en 1504. Comme il faisait preuve de milliers de combinaisons esthétiques et paraboliques, le robot court-circuita devant l’impossibilité de conclure. Il alla ad patres et s’envola pour le jardin des délices où l’accueillirent des anges à ressorts mécaniques qui se remontaient les uns les autres. © A.Z.D.
2 juin 2007
L'amour
Les terriens sont obsédés par l'amour, mais restent-ils dans leur bon droit d'en discourir après une déception ? Ont-ils la légitimité pour crier haro sur la désillusion éprouvée ? Du haut de mes vingt-sept printemps, je préjuge que l’amour est une expérience honorifique, aussi alambiquée serait-elle. C’est le puits d'émotions non filtrées par la tempérance publique. Sans l'amour, sans l’autre, la vie paraît un beau gâchis d'humanité. C'est pourquoi il est envié, de près comme de loin, tant à bout portant qu'à cible dissimulée, par ceux qui n'en jouissent pas. Mais, contrairement à cette étrange sensation lorsqu'elle se manifeste, désirer quelqu'un pour soi n'est pas une preuve d’amour. C'est l'expression de l'amour attendu. Je dois aller rendre des comptes sur l'expérience bleue. Demande de transbordement du visiteur A.Z.D. sur Zéta-Réticuli. Fschuiii. A vous le QG. Fschuiii. © A.Z.D.
28 mai 2007
Le rattrapage
Je viens de terminer la correction du partiel de rattrapage en économie terraquée. Tous les disciples ont finalement validé la matière. J’en suis ravi. Bravo à ceux qui ont réussi à éperonner leur matière grise dans la dernière ligne droite. Il suffisait d’y croire. © A.Z.D.
No comment [le cygne]
"Le cygne s’en distingue [le dindonneau] par sa blancheur, laquelle n’est pas comparable qu’à celle du lys observé dans les conditions les plus favorables à la faire ressortir, par exemple, dans une vallée assez abritée du soleil pour être transformée à peu de chose près en chambre noire. Mais il ne saurait non plus être confondu avec le lys, dont le mutisme et l’inertie sont célèbres dans l’Évangile : car il s’en différencie par son chant." Le chant du cygne, Alfred Jarry
La soirée
J’adressai le courrier d’invitation pour la soirée de samedi prochain. Chaque mot écrit fut un micro coup de knout dans le dos. Je ne saurai peindre le plaisir et l’honneur de voir les copains profiter du beau temps chez moi, la cacophonie de l'allégresse faisant le nécessaire, mais je pense aussi à l’homme de ménage : vais-je passer des heures à épousseter mon habitat, sans compter la préparation des lits et des bassines pour les plus enivrés, cautionnant la pérennité de ma respectabilité sociale, pour me retrouver lendemain résident d'une nécropole abritant bouteilles, mégots et autres miettes à étriller. Rebelote. Famille, je vous aime. © A.Z.D.
27 mai 2007
L'olivier
Après des mois d’errance, je tombai exténué. Mon voyage initiatique se profilait dénué de sens. C’est alors qu’apparut un auguste olivier bordé de sépultures. Je m’écartai de mon caillouteux chemin et m’avançai vers son pierreux terrain pour y trouver asile. Il m’offrit de quoi manger et boire et accepta que je m’accote contre lui. Je tombai dans un sommeil pétulant, envahi de songes. Le fruitier m'apparut être le lieu de recueil des misérables. Je tentai de lui dire que je n’avais pas de malheur à lui offrir. Il ne répondit pas : il était un arbre. Comme j’étais piètre, ignorant comment le remercier pour les vivres, je bêchai la terre des racines, épierrai et nettoyai les cerbères ; je demandai au soleil de l’inonder de lumière, au sol de se drainer, au vent de ranimer la vallée, aux nuages de lui épargner l’œil du paon. Je repris mon chemin amer, plus décidé que jamais. © A.Z.D.
25 mai 2007
Le bonheur
Tôt ce matin, à l'aube du renouveau, je franchis le pont Neuf élimé par la temporalité, Antichrist Television Blues dans les oreilles. Tout était parfaitement accordé en cet instant : le pas fut aérien ; la brise s'écoula suave ; les chiens flânèrent civilisés. Le bonheur prit les rênes tel un empereur à peine sacré. J'étais de taille à traverser sept océans et bâtir sept merveilles pour lui prêter allégeance. J’existais. © A.Z.D.
24 mai 2007
No comment [l'euphorie]
"O Freunde, nicht diese Töne ! Sondern laßt uns angenehmere anstimmen, und freudenvollere ! Freude, schöner Götterfunken, tochter aus Elysium, wir betreten feuertrunken, himmlische, dein Heiligtum ! Deine Zauber binden wieder, was die Mode streng geteilt ; alle Menschen werden Brüder, wo dein sanfter Flügel weilt." Ode An Die Freude, Ludwig van Beethoven.
Le conte de fées
Pour le baptême de la princesse, le roi et la reine organisèrent des festivités. L’exaltation cessa à l’apparition de la perfide Fée Carabosse, qui n'avait pas été invitée à la fête. Furieuse, elle lança sur la princesse un charme mortel. Trois fées bienveillantes, marraines du rejeton, commuèrent ce charme en un sommeil de cent ans : celui-ci commencerait à l’âge de quinze ans lorsque la princesse se piquerait le doigt sur un fuseau de rouet ; il prendrait fin avec le baiser du Prince Charmant. Le roi ordonna au royaume de brûler tous les rouets pour épargner sa fille. Une vieille sourde n'entendit pas la consigne. C'est sur son rouet que la Belle accomplit son destin. Le conte de Charles Perrault ne s'arrête pas au réveil de la princesse. Plus tard, le prince amena la Belle et leurs deux enfants dans le château de sa mère, une reine ogresse, puis il partit à la guerre. La reine décida de manger ses convives. Un cuisinier réussit à l'entourlouper en remplaçant la chair humaine par une biche et deux chevreaux dans le menu royal. Fin. Arrêtons-nous quelques instants sur les personnages de ce conte. Chez la Belle, le fuseau symbolise la sexualité génésique. Une fille n’a ici d'existence que si elle enfante. C’est pourquoi les fées la condamnent au sommeil cérébral en attendant la rescousse du Prince Charmant, veillant à la transmission des valeurs archaïques. Pouvons-nous dès lors nous étonner que certaines filles soient encore incapables d’entreprendre toutes seules ? Je n’évoque même pas la capacité d’autofinancement au quotidien, nûment chimérique dans les contes merveilleux. Quand le mari s'en va à la guerre – une opportunité pour l’émancipation de la femme – c’est le cuisinier qui repêche de la liquidation judiciaire. La tradition n'affectionne pas la parité. A son tour, le Prince Charmant n'est qu'accessoire. Il arrive, semence, repart. Il est réduit à un simple géniteur et guerrier, comme si donner et reprendre la vie définissait l'homme vaillant : l'homme tout court même. Ce n’est ni l'époux universel, ni un père exemplaire, et il est sûrement trop arrogant pour se voir assigner des corvées domestiques. Le conte le fait apparaître vêtu de sa cape, sur son destrier blanc, armé de sa longue épée phallique. Les neuf dixièmes des garçons auraient trouvé l’histoire trop compliquée pour aboutir à des interactions sexuelles avec une fille qu’ils n’ont jamais rencontrée. Ils se suffisent amplement d’une donzelle passable et accostable, eux-mêmes étant sans détour plus qu'imparfaits. Quant à la probabilité de voir le prince combattre le vilain dragon, qui plus est dans un bois damné : je n’y crois pas une seconde. Il dut plutôt aller siroter du vin à l'auberge du coin pour se réconforter de son illégitime pleutrerie. S’il offre son trésor à la reine mère, perpétuant le mythe de la marâtre, c’est en sacrifice pour lui avoir donné la vie. L'histoire sombre inconsciemment dans le complexe œdipien, faisant cohabiter deux rivales en huis clos : la génitrice et la garante de la descendance. L’Histoire témoigne que la passation des pouvoirs s’est rarement faite sous le joug de la diplomatie. Pour cadenasser cet ignoble récit, je m’attarde sur la vieille, laide et méchante Fée Carabosse, qui est la chouchou des enfants effrontés. Elle est la seule héroïne crédible, incarnant la femme accomplie et clairvoyante, rendue terrifiante pour avoir osé décider par elle-même. Si elle endort la jeune fille, ce n’est pas par jalousie, non. Elle fait simplement taire la candide bachelette qu’elle fut jadis : endors-toi pauvre fillette, toi à qui on fera voir mille et un mirages ! La laideur symbolise l’intelligence et le séparatisme féminins, irrecevables pour l’époque. Il n’est pas surprenant que l’enchantement des festivités cesse à sa manifestation ; soudain le beau monde prend conscience du burlesque théâtre de plein air. Nous avons désespérément besoin de nouveaux contes pour nos enfants. © A.Z.D.
23 mai 2007
La larme
Les larmes proviennent du liquide lacrymal sécrété par des glandes du même nom. Elles dénoncent notre état de tristesse, de douleur, de joie. Le larmoiement est aussi déclenché par l'agression de l'oignon ou d’un gaz, à moins d'être équipé de masques anti-gaz. La larme contient essentiellement du chlorure de sodium, du lysozyme et des lactotransferrines. Je suis convaincu qu'avec quelques bonnes idées et un peu d'imagination, le prélèvement de la larme sur le lieu du crime, soit l'analyse de sa composition, pourrait trahir l’état terrifié de l'accusé ; son absence : la préméditation ou le zombisme. Mais que fait la police scientifique ?! © A.Z.D.
20 mai 2007
Martin Page
Jean-Paul Sartre a dit : "Aucun artiste, aucun écrivain, aucun homme ne mérite d'être consacré de son vivant, parce qu'il a le pouvoir et la liberté de tout changer." Je m'en vais de ce pas écrire au comité nobélien et l’implorer de ne pas remettre son prestigieux prix de littérature à Martin Page, né en 1975, sauf si : a) le romancier décide de quitter l’écriture pour faire le tour du monde à l’envers avec ses amis ; b) je meurs avant lui. Un avis de décès sera adressé à la Ville de Stockholm le cas échéant. A supposer que cela soit vital pour l'équilibre du monde, l'académie royale peut lui décerner le prix Nobel de médecine en attendant. J'ai été privé du recours à des faux-fuyants de santé devant le garde des sceaux. J'accepte donc de témoigner à la barre. Mais sachez, Mesdames et Messieurs les jurés, que je n'ai aucune preuve de vétille à l'encontre de Martin Page. J’ignore s'il a déjà savouré du café éthiopien, vu l’amour qu’il porte au thé anglais. J’ignore s’il lit sous une large couette, ou parterre, assis ; hypothétiquement dans la cuisine, en attendant que l’eau bout. Je suis à court d'indices pour savoir s'il croit aux fantômes, prétextant l’écriture pour nous confier ses expériences sibyllines. Je ne comprends pas d'où provient son mode d'emploi himalayen à notre sujet : il est fort probable qu'il ait à sa disposition une soldatesque de draps-blancs. Mais, si vous le voulez bien, limitons-nous aux pièces à conviction. Restera-t-il gaucher du fait que cela soit à la mode aujourd'hui ? Ses us et coutumes après un bain de pluie, tout autant, je les méconnais. Je ne sais pas s’il est athée en février, s'il se relit à haute voix pour dompter la mélodicité du récit. Nescio. J'ignore si Martin Page a décidé de devenir Martin Page, ou s’il est né comme ça. Si le bonhomme a réussi à se muer lors d'un équinoxe, il me faudra trouver un moyen de le kidnapper dans la légalité, chercher secours dans le lointain Groenland, sempiternel pontificat du culte du solstice, pour lui soutirer la recette du comment devenir drôle et intelligent sans ruiner son compte en banque. A contrario, si c’est de naissance, je me ferai ambassadeur de la manipulation génétique et de l'extraction du nectar. Me voilà pasticheur de comptoir. Au plaisir, cher Martin. © A.Z.D.
No comment [l'apophtegme]
"L'intelligence, c'est pas sorcier, il suffit de penser à une connerie et de dire l'inverse." Michel Colucci
18 mai 2007
Le passager clandestin
Les habitants de mon étage préfèrent ouvrir et fermer leur porte d’entrée par météo ensoleillée. Tout du moins, je le présume. Chacun attribue une propre valeur subjective à la joie de manipuler une serrure facile d'accès, surtout après un réveil difficile ou une longue journée de travail. Il existe donc une demande sociale pour l’éclairage du palier qui fait office de service public. L’ampoule électrique m'avoua une fois ne plus luire que par convulsion. Elle paya son tribut au fabricant récemment. Aucun rayon de lumière n’infiltre le lieu depuis, si bien que nous passons au moins deux minutes, mes voisins et moi, à repérer notre porte pour y insérer la clé ; il suffit de garder les yeux ouverts pour se rendre en milieu chtonien. Personne à l'évidence n’eut le courage d’en alerter le gardien. Ce sont le deuil et la promesse faite aux morts de ne pas les oublier qui me font lanterner. Nous sommes confrontés au phénomène social qualifié de passager clandestin, introduit par l’économiste Mancur Olson en 1971. Selon lui, l'agent rationnel – maximisateur de sa seule utilité – attend que les autres exigent réparation et le fassent bénéficier de l'effort collectif auquel il n'aura pas participé : l’ampoule rendant service à l’étage entier. Pis, le gardien qui fait quotidiennement le guet sait que l’étage est plongé dans l'obscurité. En l’absence de plainte incitative, il ne changera pas l’ampoule de son gré. Quel en est l'aboutissement ? Je sais que mes voisins, ainsi que le gardien de mon immeuble, sont des homo œconomicus tout autant que moi. © A.Z.D.
17 mai 2007
L'identité
Je dus m’expliquer au sujet de mon matricule à de nombreuses occasions. En positiviste, jadis noble titre dans le Cercle de Vienne, je me contenterai d'énumérer les correspondances acronymiques qui ne riment guère. A.Z.D. n'est donc pas :
1. Un pseudonyme d’agent secret
2. Une ancienne tribu arabe1. Un pseudonyme d’agent secret
3. Un code aéroportuaire iranien
4. Un groupe de rap du Havre
5. Un fabricant canadien de composants pour véhicules hybrides
6. Un cabinet d’architecture en Arizona
7. Une agence de communication arménienne
8. Une association loi 1901 pour le développement du Sahel
9. Un agent antibactérien contre les organismes Gram-positifs
10. Un prototype de médicament contre la maladie d’Alzheimer
11. Un virus informatique (quoique)
12. Une usine chimique de Toulouse mal orthographiée
13. Et cætera
La publicité
Une fameuse marque de lunettes de soleil a lancé une campagne publicitaire, œuvre de création à part entière, intitulée Never Hide. Je traduis pour ceux qui auraient mal compris : de jour comme de nuit, au soleil comme sous la pluie, ne cachez jamais notre beau produit ! Après avoir envoyé des photos ornant fièrement ladite marque, les faciès d'individus, dont les clichés ont été sélectionnés par la mercatique, sont affichés sur des panneaux géants à Times Square, à l'égal des propagandes absolutistes. Le montant pour voir sa tête en grand, soit le prix d'une paire de lunettes, peut atteindre 170 euros. Qu'en pense la théorie économique ? La staritude n’a pas de prix de réserve chez nos voisins les terriens. Dit autrement, évoluer dans un microcosme restreint ne suffit plus ; il faut dorénavant exister devant le monde et ses millions d'yeux. Si nous étions face à face, vous riposteriez ainsi : et votre blog, c’est pour quoi faire à votre avis ? Vous auriez raison de montrer du doigt cette réalité à une différence près. Lorsque nous sommes de parfaits voyants, porter des lunettes qui voilent la vue, dans le métropolitain, dans une discothèque, par temps maussade, et se risquer à bâfrer du béton à des fins de marchandisation de soi, relève d’une logique qui dépasse mes facultés d’entendement. Jackass-erie, quand tu nous tiens ! © A.Z.D.
14 mai 2007
Contact
Le film Contact, réalisé par Robert Zemeckis, adapté du roman éponyme de Carl Sagan, est un conte étincelant qui pose le problème de la dualité entre la science et la foi dans l’hypothèse du contact avec une espèce extraterrestre. Que de meilleure occasion pour se poser des questions sur nous-mêmes ! A l’issue de la projection, une interrogation demeure en suspens : pourquoi l’héroïne peine-t-elle à persuader le public, unanimement réceptif à son intégrité intellectuelle, quant à la factualité de son voyage, alors même que ce public croit sans conteste en un dieu immatériel ? Contrairement à la machine, la foi n’eut nul besoin des dépenses de l'État : c'est à débattre pardieu ! Voici un extrait mettant en scène deux personnages du film :
Palmer Joss : Tu es prête à sacrifier ta vie pour un tel voyage ?
Ellie Arroway : Aussi loin que je m’en souvienne, je cherche une raison qui expliquerait pourquoi nous sommes là. Qui sommes-nous ? Si ce voyage permet de trouver ne serait-ce qu’un début de réponse, je crois que ça vaut une vie humaine. Pas toi ?
13 mai 2007
Le Big Bang
Il était une fois l'instant zéro. Plus exactement, il y a 13,7 milliards d’années, l'univers n’était qu'une bille où matière et antimatière s’annihilaient pour devenir des photons. E=mc². La lumière fut. C'est alors qu'un événement extraordinaire se produisit : éclot une nano quantité de matière en plus. Dieu seul sait comment. L'immixtion divine apparut en joker tout bonnement. Ce déséquilibre insignifiant provoqua l’explosion que nous appelons le Big Bang. L'univers cosmique se résume finalement à la réaction en chaîne d’une tension nerveuse : le Big Bang ou alarmisme : sécrétion d’adrénaline ; expansion de l’univers ou résistance : tension permanente ; dilatation et mort de l’univers ou épuisement : inanition d'anticorps. Si j’étais Dieu, pourquoi ferais-je éclater le Big Bang ? Cette question en masque une autre bien plus inquiétante, n’est-ce pas : pourquoi me prendrais-je pour Dieu ? Le manque d'espace et de temps m'oblige à réduire la dissertation à la folie des grandeurs plutôt qu'à la folie grandeur nature. Malgré la tragicomédie du réel et du néant : Dieu créa l’homme à Son image, dit la Genèse 1.27. Le principe du holisme implique la métastase divine jusqu'à l'homme. Dieu est tout, l’univers se déploie et se manifeste en lui via ses possibilités infinies. En quelle vertu fit-il exploser une Bombe H aux proportions incommensurables ? Parce qu’il le put. Tout à l’avenant, l’homme renonça rarement à ce dont il fut capable. Quel diable le poussa à s’abreuver de science, à se gorger de symbologie ? Baste : l’absence de causes équipolle à celle de l'existence, elle-même assimilable au non-sens porteur du virus de démence. L'homme se mit à tout justifier pour s'en immuniser. Et l'homme créa Dieu. Dieu se comprend-il sans se perdre ? © A.Z.D.
9 mai 2007
Le sourire
Que ressent une femme lorsqu'elle est enceinte, hormis l'honorabilité de procréer qui lui est enseignée depuis l’invention du mea culpa ? Les historiens d'art soupçonnent Mona Lisa d’avoir été gravide au moment de la pose. En 2005, la revue NewScientistTech rapporte que son sourire a été étudié par un logiciel fabriqué à l'Université d'Amsterdam. Cette étude a révélé que la Joconde faisait effectivement des mines étant 83% heureuse, 9% écœurée, 6% craintive et 2% atrabilaire. Qu’en déduire ? Le fait est nécessaire, contrairement à la loi. © A.Z.D.
La nébuleuse
J’ai nommé ce tableau céleste : Aitareya Upanishad. Cette nébuleuse, sise dans la constellation du Scorpion, se trouve près du centre de la Voie lactée, à 4000 années-lumière de mon bureau de travail. L'étoile signe sa fin de vie en expulsant son enveloppe de gaz. Elle fulmine contre son oppression et libère son âme en réaction. Delà naîtront d’autres histoires ; delà naquit Purusha. "Tout acte de création est d’abord un acte de destruction" disait Pablo Picasso. Qu'une mort soit aussi belle m’ensevelit de saudade. © A.Z.D.
5 mai 2007
Lord of War
Lord of War de Andrew Niccol avec Nicolas Cage, ou l'ascension d’un trafiquant d’armes au suprême degré. Je ne dirai rien de savant sur ce long-métrage, craignant de maigrement saluer son acuité. Je me dois de raconter une anecdote terrifiante néanmoins : les armes utilisées pour les besoins du film ont été achetées auprès de vrais trafiquants. Effectivement, cela coûtait moins cher de se les procurer par des circuits illégaux que d’en fabriquer des fausses. C'est absurde autant que l'est ce monde. Il y a logiquement une lourde prime de risque contre saisie par les autorités, greffée aux prix négociés dans l'illégalité. Cela suggère que les armes ne sont plus un bien de luxe, ou bien qu'elles échappent à tout contrôle dissuasif ; lorsque la réalité rejoint la fiction elle-même inspirée de faits réels... La finesse du scénario n'en sort que plus grande pour ne pas dire alarmante. A voir absolument. © A.Z.D.
La fiscalité
Qu’importe l’abandon de mon maigre équilibre de vie, pourvu que nous louions un deux pièces comme l’exige la tradition ! Autour de moi les couples s’empressent d’emménager ensemble, tels de jeunes pousses qui s’affairent à entrer en bourse sans innovation technologique majeure. Les histoires d’amour finissent mal, en général. C’est le krach qui détrône la bulle spéculative. Ses héros, des itinérants du cœur de toute évidence, finissent par rejoindre deux camps ennemis et s'en vont squatter un tiers domicile avant de retenter l’expérience avec le suivant élu. Cette affaire accuse des coûts économiques fréquemment supérieurs aux bénéfices réalisés. Intrigué, j’essaye de comprendre le phénomène que je stipule généralisable. Je décide à ce propos de m’attarder sur l’homme préhistorique. Icelui est garant de quelque instinct que ce soit, étant peu exposé à la complexité institutionnelle, sociale et psychique d’aujourd’hui. Pour la mise en œuvre de l’autopsie, je manipule le clan en tant que base du corps social primitif. La division du travail (sexuelle) est déjà prospère à ce stade d’évolution : aux hommes la chasse et la pêche, aux femmes la cueillette des glands et des racines, l’élevage d’enfants et l’entretien du feu. Dans ce système matriarcal, si un homme plaît à la femme, elle tolère sa présence aux côtés d'autres partenaires. Distinguer le véritable père dans le bataillon des géniteurs n’a pas de sens pour la survie du clan : ça n’a dès lors pas de sens pour les enfants. Plusieurs familles s’abritent dans une même grotte où se succèdent les accouplements. L’homme préhistorique augure de l’importance des rendements d’échelle et se veut cartésien. La bipédie et la cohabitation augmentent ses chances de survie contre la faim, le danger et l’extinction de son espèce à laquelle il s’est curieusement attaché par l’effet miroir. A tout prendre, le nakalipithecus nakayamai est devenu homo sapiens parce que la mort rôdait à la ronde. Revenons à notre dossier de départ. Pourquoi les membres du couple se cachent-ils derrière le même arbre avant que n’ait commencé le compte à rebours ? De quoi se protègent-ils à présent ? Refouler la peur de ne pas exister ou restreindre des libertés qu’ils ne sauraient maîtriser sont des thèses trop plausibles pour être défendables ; la réduction du coût de la vie à deux reste une piste exploitable. Il y a chez l’être humain un ostensible excès d’optimisme quant à la réalisation du scénario : nonobstant son âge récent, mon couple marchera, j’y crois à mort ! Puisqu’il aime se bercer d’illusions, je tire en conclusion qu’il se drogue aux émotions. Aussi ascète serait-il, aussi romanesque paraîtrait-il, vouloir subir des pertes économiques par d’infatigables déménagements est pourtant irrationnel ; surtout lorsqu’un événement est fort probable, à l’instar du ticket de LOTO rarement remboursé par le gain escompté. Imaginez que l’homme préhistorique s’engouffre dans une course périlleuse et décide de changer de caverne tous les six mois, attendu que la partenaire sexuelle, la progéniture, la décoration intérieure et/ou le paysage environnant se révèlent soudainement d’un ennui. S’il vient à bout des bêtes sanguinaires croisées sur le chemin, il devra, pour survivre, trouver une autre cheffesse de tribu qui veuille bien de lui. Il lui faudra, tout autant, dépenser de l’énergie pour s’habituer à sa nouvelle adresse et mériter, à coups de massue, sa place dans la famille. Non, je regrette, ça n’aurait aucun sens : une telle conduite reviendrait strictement à réclamer sa perte. Dans Gargantua, François Rabelais écrit : "Tout vient à point à qui peut attendre." A l’évidence, c’est subtil, mais François Rabelais était prêtre séculier. © A.Z.D.
No comment [la substance]
"Je viens je ne sais d'où, je suis je ne sais qui, je meurs je ne sais quand, je vais je ne sais où, je m'étonne d'être aussi joyeux." Martinus von Biberach.
3 mai 2007
Les graines
Le monde que nous avons bâti n'est pas édénique : souhaitons-nous contester ce lieu commun ? La cotation des graines d’arbre à la Bourse Internationale est suspendue depuis des mois. Aucun investisseur ne veut risquer l’insolvabilité pour une escarcelle d'oxygène somme toute inabordable. La Terre vue de l'espace proche est méconnaissable ; les photos de la déesse bleuâtre ne sont plus qu'un mal d'archive. Subsistent pêle-mêle quelques cénacles de privilégiés qui s'abritent dans des cités enveloppées de verre composite. Elles sont sévèrement armées, au mépris de l'absence d'ennemi autre que son voisin, car nous restons entre hommes. L'intérieur est infesté de végétation éclairée de nuit pour prolonger la photosynthèse et maintenir l’air respirable. Les sols fertiles sont enceints de grilles électriques souterraines. Alors que la tentative tant attendue du refroidissement de la Terre par miroir stellaire posé entre le Soleil et la Terre est un échec technique retentissant, un fiasco financier sans précédent, les expériences en géoingénierie des océans sont concluantes, non sans quelques réserves. En effet, les experts s’accordent à dire qu’il y a un risque de dérèglement climatique additionnel par effet domino. Si seulement nous savions protéger l'environnement comme nous sûmes le détruire. © A.Z.D.
Le patrimoine
Quel sac à dos culturel nos compatriotes portent-ils sur leurs épaules après s’être levés tôt, me suis-je demandé. En 2005, selon l’INSEE, 42% des Français n’ont pas effeuillé un seul livre au cours de l’année. Les Lumières doivent s'égosiller depuis leur cénotaphe, à moins d'être aphones d'angoisse. En observant de près la nation hexagonale, nous nous apercevons que les 60 ans et plus lisent le moins, soit 48% de non-lecteurs, contre 32% chez les 15-24 ans. Au profit de quoi, je m’interroge, épeuré que cela soit le résultat de leur aliénation face au journal télévisé ; ces émissions qui peinent à ne pas automatiquement diffamer la dissemblance ; ces émissions qui ahanent devant la culturation, la déconstruction, la méditation : ce dont nous sommes tous responsables. D'ailleurs, arrêtons de faire le procès des tubes cathodiques et autres dispositifs d'affichage : ils n'y sont pour rien ! Tel que mentionné plus haut, les 15-24 ans sont bon gré mal gré les conquérants de la lecture puisque 40% d’entre eux déclarent avoir lu au moins un livre. Par contrainte scolaire ou par appétence : nous n'en saurons pas plus. Les chiffres nous enseignent de jure que les femmes lisent davantage que les hommes. Le trophée de l’endurance revient à celles de 40-59 ans qui sont 13% à avoir lu plus de 24 publications. Me voilà fort pâmé ! De quelles lectures s'agit-il mesdames, s’il vous plaît ? © A.Z.D.
No comment [la musique]
"Voici ce qui arrive dans le domaine musical : il faut avant tout apprendre à entendre une figure, une mélodie, savoir la discerner par l’ouïe, la distinguer, l’isoler et la délimiter en tant qu’une vie pour soi : ensuite il faut de l’effort et de la bonne volonté pour la supporter, en dépit de son étrangeté, user de patience pour son regard et pour son expression, de tendresse pour ce qu’elle a de singulier ; – vient enfin le moment où nous y sommes habitués, où nous l’attendons, où nous sentons qu’elle nous manquerait, si elle faisait défaut ; et désormais elle ne cesse pas d’exercer sur nous sa contrainte et sa fascination jusqu’à ce qu’elle ait fait de nous ses amants humbles et ravis, qui ne conçoivent de meilleure chose au monde et ne désirent plus qu’elle-même, et rien qu’elle-même. – Mais ce n’est pas seulement en musique que ceci nous arrive : c’est justement de la sorte que nous avons appris à aimer tous les objets que nous aimons maintenant." Le Gai Savoir, Friedrich Nietzsche
2 mai 2007
Le Père Noël
Dans un article publié en 1993 dans la revue American Economic Review, Joel Waldfogel de l’École Wharton nous apprend que les cadeaux de Noël sont victimes de la dépréciation économique. En effet, il semblerait que les objets valent moins au domicile de leurs destinataires qu'à la sortie des usines d'Elfs. Les délais sont trop courts pour que nous puissions insinuer l'amortissement comptable. Le phénomène s’intitule : la perte sèche du cadeau de Noël. Par exemple, si un livre au contenu rockfelleresque coûte la modique somme de 16€, et que son destinataire, qui se gardera de faire des commentaires malappris à la réception dudit cadeau, l'estime à 5€, la perte sèche s’élèvera à 11€. Warning : les bénéfices de Père Noël Inc. devront être revus à la baisse, je le crains. Titre à alléger. Quelle ordure ! © A.Z.D.
1 mai 2007
The Machinist
The Machinist est un thriller psychologique réalisé par Brad Anderson. Trevor Reznik est mécanicien dans une usine où l'aliénation et l'usure ouvrières sont peintes en toile de fond. Il se mute en fantôme vivant car il souffre d’agrypnie depuis un an. Privé de sommeil, il scinde ses nuits entre une cafétéria d’aéroport, l’appartement d’une prostituée, et la poursuite d'Ivan, un mystérieux personnage qui le guette. Le metteur en scène projette ici l’inclémence des relations humaines et l'amnésie traumatique, ponctuées par une paranoïa qui se nourrit de n'importe quoi. L’œuvre est d’inspiration kafkaïenne, appariée à une dessiccation sociale à la Fedor Dostoïevski. L'aspect oppressif est renforcé par une photographie voilée et désaturée. Une réussite. © A.Z.D.
30 avr. 2007
L'élection présidentielle
Si je me portais candidat aux élections présidentielles – soyez rassurés mes chers concitoyens, je ne le ferai qu'en dernier homme – bref, si j’étais un homme politique en quête de pouvoir, quel corps électoral me réjouirait ? Serait-ce un électorat éclairé en dépit des duretés de la vie, ou une foule malléable, apeurée et infantilisée ? Ça dépend. Si mon désir souverain était de me distinguer en chef d’État et des armées, j’opterais raisonnablement pour un public qui facilite l'accès au pouvoir et son contrôle : soit un public aux idées molles. Si, au contraire, j’avais pour ambition de jouir d'une crédibilité magnanime, l'électorat érudit conviendrait ; indubitablement, lorsque des individus complexes, cultivant la pensée autant dans un champ de blé que dans un laboratoire d’astrophysique, décident de mandater quelqu'un, leur choix ne fomente ni de formules dites choc des vindictes diffusées à la télévision, ni de l’apparence transcendantale de Kant tant prêchée en métingues. Je suis finalement soulagé de ne pas avoir à choisir, étant séduit par le Le Prince que dénonce Nicolas Machiavel comme lecteur seul. © A.Z.D.
Les mots
Les mots désignent des idées. Ces idées ne sont rien en dehors des mots utilisés pour les dire. Que conclure au sujet de l'ineffable, de l'indicible, de l'inaptitude à dire ce qui occupe l'esprit ? Elle n'est pas prouvée. Ce n'est pas parce que nous n'avons pas la connaissance des mots, ou que nous n’avons rien à dire sur un sujet, que l’exercice est impraticable. Henri Bergson définit la langue comme une nomenclature mettant en relation les mots avec des choses sous leur aspect banal. La singularité des choses se cache derrière la généralité des mots. Nous ne pouvons dire tout ce qui se passe en nous, à l’instant où nous le vivons, à moins d’exceller en poésie. Lorsque nous envisageons une traduction dans les mots des choses que nous percevons, nous nous heurtons à l'impuissance de dire. Enfant, je m'étais retrouvé dans un pays d'accueil, dont la langue m’était étrangère. Je dus longtemps me taire. Voilà ce qui justifie, à bien des égards, mon amour des mots inavoué. © A.Z.D.
L'écrivain
Qu’est ce qui pousse un individu à devenir homme des mots ? Ce qui définit l’écrivain est probablement les conflits qu'il entretient avec les mots. Dans Les mots, Jean-Paul Sartre raconte sa confusion entre les mots et la réalité des choses. Pour lui, écrire traduit le besoin de communiquer avec autrui, à défaut d'y parvenir autrement. © A.Z.D.
29 avr. 2007
La Planète sauvage
La Planète sauvage est le premier long métrage de René Laloux. Il aborde le thème d’une civilisation qui bâtit sa propre destruction. La planète Ygam est habitée par les Draags, des géants savants qui vouent leur vie à la réflexion et aux loisirs. Au cours d’une expédition, ils ramènent chez eux des humains, dénommés Oms, trouvés sur une planète en perdition. Une partie du butin sera domestiquée. L'un d'entre eux, Terr, s'instruit auprès des Draags. Il s’enfuit et retrouve ses semblables, vivant en peuplade et menant la vie sauvage, pour ensuite les mener à l’insurrection. Sous leur condition d’Oms, les humains, désormais en grand nombre, menacent l'ordre social. Les Draags négligent d'abord le problème, puis se hâtent vers une sentence simpliste : la "désomisation". Le film jette le blâme sur l’arrogance, l'indifférence et la parésie d’une classe absolutiste et isolée. Quant à l'animation, elle subjugue par son esthétique psyché. Le film obtient le Prix spécial du Jury au Festival de Cannes en 1973. © A.Z.D.
26 avr. 2007
La fin
Procéder à notre suicide collectif par des exécutions de masses ne suffisait pas. Nous nous devions de trouver d’autres gadgets, de type bombe écologique, pour couronner le sabordage. Hourra ! Si nous consentons à nous donner la mort une bonne fois pour toutes, n'étant manifestement pas capables de vivre avec nous-mêmes, avec l'autre, de nature comme de culture, mettons nous d’accord sur une lettre d’adieu a minima, un testament introspectif pour la postérité, que nous expédierions loin, dans un astronef : à l'abri de nous-mêmes. Pourrait prétendre à la postérité celui qui s'est illustré grâce à des posters. Hélas, il n’en est rien. L’astronef a une probabilité, aussi dérisoire soit-elle, de rencontrer sur son passage des organismes intelligents, dotés d’organes préhensiles, capables d'ouvrir la nacelle et de décrypter un artefact. Ne nous y méprenons pas, l'univers continuera son bonhomme de chemin après notre disparition élégiaque, à l'instar des civilisations succédant à d'autres jadis régnantes. Ejusdem farinae. Quel cabotin, cet univers ! Comme devisait Diogène Laërce : "Nous autres Grecs avons donné au monde la philosophie, non seulement la chose, mais le mot même." Nous pouvons dès à présent dire : durant notre courte existence, nous humains avons donné au paradoxe son sens commun, la probité même. © A.Z.D.
L'environnement
Que faire du cadavre écologique dont nous ne pouvons plus nous débarrasser ? Comme le vin ou les aliments, le corps humain conserve ses saveurs et triomphe à l’effort à une température idéale : de 18°C céans. Tout excédent entraîne un risque thermique, nocif pour la productivité physique et mentale. Primo, le réchauffement climatique produit la hausse générale des températures, laquelle se répercute sur les organismes vivants. Secundo, la pénurie énergétique ne permet plus de gaspiller l’énergie pour se réfrigérer. Comment se prouver que nous conservons le même niveau d'utilité si nous substituons l'actuel surplus de richesses à plus d'espérance de vie pour nos arrière-petits-enfants ? Je n’évoque même pas la probabilité du chaos social qui découlerait d’une débâcle écologique à grande échelle. Saisir l'ampleur d'un désastre, avant de l’avoir vécu, est un exercice épineux. Notre dédale démarre à cet endroit précisément, et ce que l’on soit consommateur, producteur, conducteur, chef d’entreprise, employé, chômeur, parent ou actionnaire. Désapprendre les gestes anti-écologiques est donc indispensable, nonobstant les écueils que j’admets volontiers. Je suis néanmoins encouragé, pour ce faire, par l’inquiétude d’être au banc des accusés pour crime contre l’humanité. Si ce n’est par amour des sarcophagides, des paysages, des rires d’enfants à venir, si ce n'est par civisme ou simple respect de ce qui nous a été légué, faisons-le pour ne pas compromettre notre productivité au travail au moins ! © A.Z.D.
Le travail
Le travail trouve son origine étymologique dans le mot latin tripalium. Autrefois, il était l'instrument de torture formé de trois pieux, utilisé par les Romains pour châtier les esclaves indociles. Les politiques veulent redonner du sens au travail (rémunéré) et promouvoir la méritocratie par un jeu de récompenses. Ce système ne me pose pas de problème dans l’absolu, mais à une condition. J’appelle les pouvoirs publics à également encourager, par un système incitatif, les analyses, la réflexion et la lutte contre la déculturation : qu’il n’y ait plus de décision sans connaissance de cause ni examen de conscience. © A.Z.D.
25 avr. 2007
Children of Men
Children of Men est un film futuriste et visionnaire. Il s’agit de l’adaptation du roman éponyme de P.D. James. L'intrigue démarre autour de la stérilité qui frappe la planète depuis plus d'un quart de siècle. Nous sommes en Angleterre de 2021. Alors qu'aucune naissance humaine n'a eu lieu depuis dix-huit ans, et que la science est incapable d'y trouver une explication, l'humanité évolue dans un monde chaotique, menacée de sa propre extinction. La découverte d'une femme enceinte va amener Theo Faron, ex-activiste désillusionné devenu bureaucrate, à entreprendre un voyage afin d'assurer sa protection et celle du futur rejeton ; un voyage où il fera face à ses propres démons. La guerre civile y est peinte avec fidélité. A voir et anatomiser. © A.Z.D.
24 avr. 2007
No comment [l'inintelligence]
"L'inintelligence s'en tient, si l'on veut, à un constat de non-compréhension : elle ne réussit pas à capter un certain nombre de messages. Elle reste coite, silencieuse. Aucun rapport avec la sottise qui reçoit et émet un nombre infini de messages. La sottise est de nature interventionniste : elle ne consiste pas à mal ou à ne pas déchiffrer, mais à continuellement émettre. Elle parle, elle n'a de cesse d'en "rajouter". L'inintelligence subit, la sottise agit : elle garde toujours l'initiative. L'inintelligence est en retrait, se dérobe à un message auquel elle n'entend rien ; la sottise, elle, va toujours de l'avant. L'inintelligence n'est qu'un refus, ou plutôt une impossibilité de participation ; la sottise se manifeste, au contraire, par un perpétuel engagement. L'inintelligence ferme des portes : elle signale l'interdiction de certaines voies d'accès à telle ou telle connaissance, rétrécissant ainsi le champ de l'expérience. La sottise ouvre à tout : faisant de n'importe quoi un objet d'attention et d'engagement possible, elle fournit de l'occupation pour la vie." Le Réel et son double, Clément Rosset.
Inscription à :
Messages (Atom)




















